Article proposé par Heliosness, paru le 01/11/2016 21:00:00
Rubrique : L'attelage de Tradition, lu 1080 fois. Un commentaire
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P.L SOLA me raconte le CIAT d'UZES


 

Pierre-Louis Sola, mon guide ès-Tradition.

 

         Qui mieux que le Délégué Régional de l’Association Française d’Attelage (AFA) aurait pu m’initier aux concours d’attelage de tradition ? Je vous le demande…

         L’élégance des chevaux, le raffinement délicieusement suranné des voitures anciennes, la délicatesse des dorures, l’odeur du cuir fraîchement ciré, le léger craquement du bois vernis, les cages grillagées des break de chasse pour transporter les chiens, les marches escamotables, les capotes à soufflets des landaus et autres Phaëton, le velours cossu des banquettes ou leur cuir capitonné, les colliers et harnais en cuir travaillé et cousu main, les hommes en costume de ville, cape, chapeau melon ou haut-de-forme pour les citadines, casquette, feutre ou chapeau de paille pour les voitures de campagne, les femmes ravissantes dans leurs toilettes dentelées et brodées, leurs carrés Hermès, leurs chemisiers blancs et leurs chapeaux à voilettes ou bibi tomenteux m’ont attirée, en mai 2014, à Vitrolles, centre Les Collets Rouges, où l’AFA avait organisé le premier concours complet que je photographiais et filmais.

         Je me souviens que des attelages étaient venus de Suisse et d’Italie, menés par des personnes joyeuses, souriantes mais ô combien sérieuses dans leur attention à mener avec précision. La courtoisie, la gentillesse, la patience caractérisait la majorité d’entre eux. Le Haras National d’Uzès y était représenté pour la première fois avec son Omnibus et un attelage de 4 Comtois mené par Vincent Moreau. Je n’y avais pas participé, faute de posséder une voiture de tradition mais Pierre-Louis Sola m’apprend aujourd’hui que ce n’est pas obligatoire. Le concours est ouvert à tous, la voiture est notée selon les mêmes critères, cependant, une voiture ancienne sans modification moderne, dont chaque pièce est d’origine, sera gratifiée d’un coefficient 3 par exemple tandis qu’une voiture de style ancien contemporaine ne pourra pas prétendre à plus que le coefficient 1. Cette précision devrait en encourager plus d’un à s’engager sur ces concours.

         En 2015, deux concours eurent lieu dans notre chaleureuse Provence, celui d’Aix qui s’est également déroulé à Vitrolles, couplé avec un concours sportif afin d’attirer davantage de concurrents et le concours de tradition du Pont du Gard organisé par Louis Basty, HN IFCE d’Uzès conjointement avec l’AFA et une association du Languedoc-Roussillon. Pierre-Louis Sola me dit que c’était un très bel environnement pour mettre le pied de Louis Basty, qui connaît bien l’organisation des concours, à l’étrier de l’attelage de tradition. Mais un certain nombre de contraintes liées au fonctionnement et à l’organisation interne de ce lieu historique n’avait pas permis d’y effectuer un routier. Il n’y avait eu qu’une présentation des équipages.

         Cette année, les mêmes co-organisateurs, dont la SHU, l’AFA et l’IFCE, ont choisi pour écrin à ce concours d’attelage de tradition l’ancien Duché d’Uzès, nid du Haras National éponyme. Ils ont malheureusement choisi le week-end de la tenue du salon EquitaLyon, ce qui a limité le nombre de participants. P-L Sola estime qu’il faudra veiller pour l’an prochain, à répartir les événements de manière plus judicieuse car les concours sont plus intéressants quand les concurrents sont plus nombreux. De la même manière, la qualification du concours en Championnat International a été décidée trop tardivement pour attirer les étrangers. Je suis bien d’accord que ce milieu de l’attelage y gagnerait si tout le monde se concertait, communiquait. Un CIAT pour trois candidats, dont un non partant pour cause matérielle, c’est un peu juste mais soyons contents, l’amorce est faite.

         Cela étant, Pierre-Louis Sola, notre charmant guide Italien, à la voix mélodieuse et à l’accent chantant, a trouvé très agréable que le routier se soit déroulé dans la vieille ville dont l’histoire culturelle riche se lisait sur les façades des maisons de la prestigieuse bourgade.

         « Les équipages sont partis du Haras, me dit-il, pour se diriger vers le centre historique, passer par la place aux herbes puis se diriger dans la cours principale de la place du Duché où s’effectuait la présentation des attelages. Jean-Louis Libourel, spécialiste des hippomobiles de tradition, en faisait une description, les situait dans leur contexte d’origine. Un juge compétent Yves Dauger, doté d’une connaissance parfaite de ces voitures d’antan, vérifiait l’authenticité de chaque pièce, sa conformité avec la voiture présentée et la fonctionnalité de celle-ci. Il faut savoir que ces voitures ne sont normalement pas pourvues de freins. Cependant, pour des raisons de sécurité, certaines s’en sont vu ajouter mais il ne faut pas s’en servir durant le concours. » Ce qui me fait évidemment bien plaisir et me donne envie d’imposer à tous les meneurs, à partir d’un certain niveau de compétence, de participer à ces concours afin de prendre conscience que le cheval doit passer par les transitions des allures jusqu’à l’arrêt sans utiliser de frein. Pierre-Louis Sola aimerait bien, quant à lui, que les jeunes s’intéressent nombreux à ces concours qui développent le goût du beau, de l'authentique et de l’Art.

         « Une fois la présentation terminée, le routier se poursuivait dans la ville puis à la périphérie sur une dizaine de kilomètres jusqu’à revenir au Haras où se déroulaient les épreuves spécifiques d’habileté et la maniabilité. »

         En quoi consistent ces épreuves spécifiques qui sont des exercices de précision, d’adresse effectués dans un temps limité ? P-L Sola m’explique qu’il y a d’abord l’épreuve du verre. Le meneur tient ses guides ainsi que le fouet dans sa main gauche, prélève un verre plein qui est posé sur un poteau, le conserve dans sa main droite, en boit ou n’en boit pas le contenu tout en parcourant 12 ou 13 mètres les guides à une main, puis il repose le verre sur un poteau et s’en va.

         Ensuite, le meneur effectue une volte à une main, le fouet tenu de l’autre main à l’extérieur comme dans tous les concours sportifs.

         Suit l’épreuve du rail où une roue dans le cas d’une voiture à deux roues, et deux roues dans le cas d’une voiture à quatre roues, doivent se placer dans des rails espacés de 30 cm sans toucher les bords.

         Enfin, mon épreuve préférée qui consiste à remiser l’attelage, en marche arrière, à angle droit, en tournant, dans un espace qui figure un garage. Le meneur doit soigner ses déplacements, effectués avec précision dans la rectitude et le calme, en reculant, sans jamais toucher les cônes ou poteaux qui représentent les murs d’un garage, derrière et sur les côtés. Pierre-Louis Sola me dit qu’il est plus intéressant de placer cette difficulté sur un terrain en pente, dans le sens de la montée. En effet, si on se place en descente, il n’y a plus guère de difficulté puisque le poids de la voiture pousse le cheval qui n’a plus qu’à se laisser descendre ; en revanche, placé dans une montée, le travail du cheval est évident, nécessite un véritable effort de la part de l’équidé ainsi qu’une bonne capacité de planification, d’anticipation, de calcul et de précision dans les mains du meneur qui doit envoyer les chevaux à droite ou à gauche pour se placer perpendiculairement au fond du garage. A Uzès, cette épreuve n’était pas en déclivité montante.

         Cette première partie s’achève par une distance de  300 mètres à parcourir à une allure libre. C’est le seul endroit où l’on peut rattraper du temps perdu dans une épreuve. Mais cela aussi doit s’anticiper, se programmer.

         Le concours s’est clôturé l’après-midi par une mania de 15 ou 16 portes. Ce qui est important pour définir la largeur des portes sur la mania, ce n’est pas la voie qui est la même pour tous quasiment mais la distance qui sépare l’essieu des roues avant de celui des roues arrières. Car en effet, il faut laisser la place pour que la voiture puisse tourner. L’usage du frein, quand il y en a, est strictement interdit.

         Que ce soit sur le routier ou sur la mania, il faut savoir adapter la vitesse.

         En attelage de tradition, on pourra rencontrer plus de harnais avec collier que dans les autres concours où c’est la bricole qui est plus représentée. On ne devrait trouver que des harnais en cuir, mais ce n’est pas toujours le cas. La conduite en tandem n’est autorisée que pour les voitures à deux roues. Plus une voiture est lourde, plus il faut de chevaux, trois de front par exemple pour tirer un très gros omnibus. C’est indispensable dans les descentes.

         Pierre-Louis Sola a abandonné la compétition sportive. Il trouve, dans la conduite de tradition, plus de finesse, de précision, d’attention.  

         Je tiens à remercier vivement Pierre-Louis Sola d’avoir partagé ses connaissances avec moi. Je ne manquerai pas d’aller le voir quand il sortira avec ses Merens.  

         N’ayant pas reçu les résultats du CIAT d’Uzès, je ne peux vous en parler. Je suppose qu’ils ne sauraient tarder. Avec la captation de France 3, sans doute.

         Je retrouverai mon guide un peu plus tard, peut-être à Versailles en décembre, pour une épopée dans le passé d’autres Louis, qui sait ?

©Heliosness

 


  Commentaires
-Précisions par Heliosness (01/11/2016 21:55:23)
Monsieur Francis Lemaître, vice-Président de l'AFA, tient à ce que je mentionne sa participation active en sa qualité de juge et délégué technique à ce concours d'Uzès. Je n'ai pas intentionnellement omis de mentionner telle ou telle personne ; il n'est pas dans mon propos de faire un compte rendu exhaustif de ce concours et suis sincèrement désolée si quelques uns parmi les lecteurs en ont pris ombrage.
Pour les concurrents, lecteurs intéressés et futurs organisateurs, et bien qu'il existe vraisemblablement un règlement écrit auquel chacun peut se référer facilement, il me semble néanmoins utile de mentionner les précisions techniques que m'a apportées Monsieur Lemaître par l'intermédiaire de Monsieur Sola, à savoir :
- que c'est la globalité des épreuves qui est chronométrée comme un tout, par catégorie d'attelage, et non les épreuves spécifiques séparément du parcours routier, ce que j'avais visiblement mal exprimé ;
- que les rails sont espacés de 30 cm et mesurent 15 mètres de long ;
- que pour une voiture à deux roues, c'est la roue droite qui ne doit pas sortir du rail et que pour une voiture à quatre roues, c'est uniquement la roue avant droite qui ne doit pas sortir du rail ;
- que la largeur des portes est donnée par la largeur de la voie des roues pour une deux roues ou la largeur de la voie des roues arrières pour une quatre roues associée à une valeur de l'écart entre les bandages des roues avant et ceux des roues arrières, de plus dans les deux cas la largeur de la voie est augmentée de 30 cm. Pour les voitures hippomobiles anciennes la largeur des voies est dans la plupart des cas différente d'une voitures à l'autres.
Résultats :
Il y avait 17 concurrents en Concours d'Attelage de tradition (CAT) et 3 concurrents inscrits dans la catégorie Concours International d'Attelage de Tradition (CIAT)
Vainqueur catégorie "guides" : Freddy Moreau du Haras d'Amboise qui présentait un cheval anglo-arabe attelé à un dog-cart à deux roues
Vainqueur catégorie "grandes guides" : Vincent Moreau du Haras d'UZES qui présentait une grande arbalète de traits comtois attelés à un grand break de chasse
Pour davantage de détails, je vous recommande d'aller consulter les pages du site de l'AFA.