Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 25/12/2018 08:15:30
Rubrique : Interviews, lu 1220 fois. Un commentaire
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Portrait: CAROLINE PARIAT, le cheval sans limite


 

  

                                                                 CAROLINE PARIAT

 

 

         Lorsque j'ai reçu les photos de Caroline quelques jours avant l'interview, je pressentais "des révélations" hors de la normale. Sur les photos présentées, la jeune meneuse me faisait découvrir beaucoup de facettes de ses pratiques équestres. En fait on peut dire qu'elle les a toutes pratiquées,  le TREC monté ou attelé, l'Endurance, le Dressage, le CSO, le Complet, la Voltige, l'Attelage. Lors de cet interview, j'ai découvert une casse-cou intrépide, entreprenante que rien ne semble pouvoir ralentir.

         Son premier cheval est né dans les écuries de ses parents. Elle avait trois ans.

         Caroline: " à six ans, je montais First en balade et en randonnée. Mes parents ont toujours eu des chevaux. First était jeune et moi aussi, et je tombais souvent. J'ai fini par avoir peur de monter à cheval, tant et si bien que je ne cachais dans un placard pour ne pas monter !

"Avec First, au galop en pleine campagne, j'ai 6 ans."

         A l'époque mon père faisait de l'endurance, il était dans l'Equipe de France, et je montais aussi ses chevaux. Ils n'étaient pas franchement adaptés à une gamine de six ans! J'ai donc commencé par l'endurance un peu contrainte et forcée.

         Ma sœur elle, s'est orientée vers le TREC et je l'ai suivie. Je me faisais embarquer sur les PTV(*) que je terminais en pleurant... Je devais avoir 10 ans. Je suis allée au championnat club à Lamotte-Beuvron, c'était des épreuves par équipe avec des adultes. Un peu plus tard, j'ai été intégrée dans l'équipe de France Jeune.

(*)PTV:  Parcours comportant les difficultés que l'on peut rencontrer en terrain varié.

Toujours avec First (croisé Portugais et Barbe arabe)

         Malgré des débuts précoces, Caroline n'a pas eu de connaissances équestres proprement de dites aux premières heures. " Tout ce que j'ai fait dans mes débuts c'était du pur empirisme. Je progressais à coups d'essais et d'erreurs". Plus tard j'ai pris des cours, j'ai fait des stages où mon père m'emmenait. C'est comme ça que j'ai pris un peu de technique.

        

         " Avec les chevaux on s'amusait avec ma meilleure amie, à faire des combats de chevalerie, des joutes avec des lances où nous tombions de cheval au galop. C'est en regardant les vidéos ou des films que nous avons appris. On faisait ça à l'instinct sans technique. Pour une "traînée derrière un cheval" , nous avions une corde accrochée à la selle, corde sur laquelle nous étions attachées par les mains! Inconscientes des risques ! En prenant les piquets de la carrière dans la figure, je me suis dit que ce n'était pas une bonne idée... Inutile de dire que nos parents nous laissaient faire, parce qu'ils ne nous voyaient pas faire! J'alternais le TREC et le spectacle dans mes activités équestres.

         Nous avons fait une représentation, dans le village. A partir de là nous avons été recrutées dans une troupe. J'avais 15 ans.

 

         Entreprenante, la jeune cavalière, crée très vite avec son amie une association dans laquelle elles montent quelques spectacles équestres. La troupe créée fonctionnera trois ans avec deux autres chevaux et deux étalons espagnols. Dans le cadre de contrats, au programme poste hongroise, voltige cosaque, voltige en cercle, numéros en liberté, dressage Haute école, numéros comiques avec Inès une ânesse avec laquelle Caroline fera ses débuts à l'attelage.

 

         " J'avais un livre, "Les trucs et astuces à apprendre à son cheval". C'est comme cela que j'ai créé les numéros. Je passais plus de temps avec les chevaux qu'avec l'école ! La voltige je l'ai apprise au Haras de La Née chez Estelle Hoffarth

         La troupe se produisit à Equita Lyon, dans différents Salons, dans des fêtes comme Saint-Galmier, dans des refuges pour animaux en guise de promotion. Les parents quant à eux assuraient le rôle de "transporteurs" de la jeune troupe.

 

 

  

First en répétition: pas espagnol et révérence

 

         De nombreuses fractures, vertèbres, dos... conduisant à la sagesse ("elle avouera réfléchir un peu plus avant de faire les choses... "), la jeune intrépide va prendre une année sabbatique au cours de laquelle elle travaille dans un restaurant pour payer ses permis voiture, poids-lourd, et remorque. Définitivement conquise à faire carrière dans l'univers du cheval, et remise sur pieds, Caroline après son baccalauréat rejoint le Haras de La Née en apprentissage pour y préparer son monitorat d'équitation. Elle y emmène ses deux chevaux arabes (1 avait été attelé, un faisait de la poste hongroise) et son KWPN pour la voltige ainsi que l'ânesse. First a été mis à la retraite à cette époque, et les épreuves TREC définitivement abandonnées.

         Durant son apprentissage Caroline tourne en voltige en équipe et elle entraîne un voltigeur individuel avec son KWPN "Please "

 

  

Caroline en longeuse et en voltigeuse

         Caroline monte également une activité "spectacle" au Haras de La Née : " on a dressé les chevaux de l'école pour faire de l'enseignement spectacle...

         Durant son apprentissage de 2009 à 2011, Caroline va pratiquer les trois disciplines olympiques, CSO, Dressage, et Complet.

 

CSO avec Please

Le dressage du Complet, et le cross avec Mary Lou

En endurance. Caroline est au centre de la photo.

 

         "Ma première connaissance de l'attelage c'est faite à travers Inès mon ânesse. N'ayant pas de voiture, je l'avais attelée à une brouette et le "harnais" était de fabrication "maison"... Un peu plus tard nous avions fait débourrer à l'attelage un de mes chevaux arabe  en Savoie, Nous faisions des balades avec mon père, mais c'est au Haras de La Née que j'ai véritablement découvert l'attelage. Il y était organisé à l'époque un concours international. J'ai fait office de secrétaire de juge. J'ai pris mon cheval attelé que j'ai fais tourner dans les obstacles. Bruno Kempf m'a proposé quelques leçons, et nous avons décidé de participer au concours de Seebach. Je n'avais jamais déroulé de reprise de dressage ni marathon ni maniabilité, je ne connaissais rien du règlement et des épreuves d'attelage ...

          A la fin de l'épreuve de dressage, je pensais que le concours était terminé ! Bruno m'a fait reconnaître le marathon et m'a expliqué ce qu'il fallait faire. Il a dû bien faire les choses puisque j'ai gagné le concours". Je me suis vraiment fait plaisir, le cheval jouait bien dans les obstacles et moi aussi ! Sur un autre concours je me suis retournée avec une voiture qui m'avait été prêtée par Bruno. La voiture brisée, j'ai offert naturellement à Bruno de le rembourser. Sa réponse a été " tu répares la voiture, et je veux te voir en concours."

        

         " j'ai racheté  Mary Lou, la ponette haflinger que j'avais au travail, ainsi qu'Urban. En fait, les haflingers proviennent de mon séjour au Haras de La Née, dont je faisais les débourrages à l'attelage.

         J'ai  fait quelques concours avec Mary Lou...

  

 

          et Boréale ici à la finale SHF à Compiègne ...

         " A la fin de mon stage j'ai travaillé au centre équestre La Cavalcade en Savoie. J'y avais ramené les haflingers. Un peu plus tard d'autres haflingers nous ont rejoints. J'ai voulu atteler Marylou et Urban, mais je ne disposais que de la voiture à un cheval généreusement donnée par Bruno."

         Urban était très sur l'œil il était dangereux en solo. Je ne suis donc lancée dans  le tandem, Urban aux brancards et Marylou devant. Ne connaissant pas la technique, j'ai recherché les informations dans les livres. J'ai fait du TREC pour une première avec ce tandem. Les deux premiers kilomètres ont été très compliqués, mais à la fin de la journée l'attelage avait bien progressé" .

        

Mary Lou et Urban avec avec Lolo ma meilleure amie

         " C'est par la suite que j'ai acheté les harnais pour atteler à quatre. On m'a prêté une voiture de marathon avec laquelle j'ai pu atteler en paire. Mon père et Solange Chollat-Namy (ndlr, Cavaleau sur le site), mon apporté les autres poneys et c'est ainsi que j'ai débuté l'attelage à quatre.

" Les poneys ont été dressés à évoluer ensemble en liberté avant d'être attelé à quatre. Le chien de berger ne peut s'empêcher de surveiller la bon déroulement du travail !"

         L'occasion se présente lors d'un concours international de parfaire sa connaissance du menage à quatre : " j'ai accompagné François Vogel qui participait au CAI de Riesenbeck et un peu plus tard aux JEM. Je voulais voir comment cela se passait de l'intérieur. Comme j'avais mon permis poids-lourd j'ai conduit la semi-remorque et j'ai fait groom sur le concours".

L'équipe François Vogel

         " Un peu plus tard avant une compétition au Haras d'Uzès, j'ai fait un stage de quelques jours avec Louis Basty. J'y ai passé mon BP Attelage".

 

Première année de compétition (2015) Mary Lou est en volée gauche

         La jeune meneuse n'en reste pas là. Après son diplôme d'attelage, elle entreprend de préparer le DEJeps Dressage chez une cavalière de renom dans la discipline, Lydie  Karoutchi ainsi que   chez Christian Forlini à Tarascon pour des stages réguliers. Cerise sur le gâteau, Caroline et les poneys suivent Lydie Karouchi en Hollande et participe aux enseignements à la très renommée Académy Bartels.

         " J'ai passé mon DE-Dressage pour mieux comprendre la mécanique du cheval et améliorer la locomotion de mes poneys. Aujourd'hui j'ai des poneys qui piaffent, passagent et changent de pieds".

  

Caroline à l'entrainement et en compétition de Dressage

 

         Le perfectionnement au ménage à quatre continue, avec depuis un an des stages réguliers avec Benjamin Aillaud. " Cette année j'ai dû changer une ponette qui n'allait pas dans de la discipline de l'attelage. J'ai retrouvé un poney  et j'ai débuté la saison en élite en juin. Je travaille aussi avec Benjamin lorsque nous sommes sur les mêmes concours. En 2019 je vais débuter les CAI. Je prépare la saison et je mets toutes les chances de mon côté pour être sélectionnée pour le championnat du monde poneys. Je débuterai peut-être par Exloo. Je suis très consciente du haut niveau international des quatre poneys, mais cela me permet d'acquérir de l'expérience car l'objectif est de passer quand le temps viendra à quatre chevaux".

         Le proche avenir

         Caroline et dans le temps du rachat d'une structure équestre  dans laquelle elle va monter une écurie de propriétaires et donner de l'enseignement individuel, avec ses propres chevaux. Continuer de participer aux compétitions est prioritaire pour Caroline.

         Le centre équestre est situé en Haute-Savoie à côté d'Yvoire à Excenevex au bord du lac Léman, donc pas loin de Genève. Aujourd'hui le centre équestre s'appelle la Cavalcade, celui là même où elle a travaillé un temps.  Il prendra probablement le nom des Ecuries de Chevilly et se dotera d'un site Internet.

         L'interview se termine durant lequel la jeune meneuse a reçu "36 000" appels téléphoniques, les témoins d'une activité débordante comme l'on peut facilement l'imaginer !

         Quel punch !

        

 

Rosières aux Salines  2018 photo Anne Sophie Azzos IFCE

© interview JCG/attelage.org


  Commentaires
-Bravo! par Cmacrez (27/12/2018 14:19:07)
Bravo Caroline pour cet interview, je suis bluffé par déjà tant d'expérience, d'expériences et de volonté !!!