Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 30/03/2020 08:38:10
Rubrique : Interviews, lu 847 fois. Pas de commentaires
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Portrait: JULIE WASSELIN DEGRANGE, comme dans un livre...


 

                     JULIE WASSELIN-DEGRANGE, "JUJU" ou les passions à corps perdu...

 

                              Lorsque j'ai demandé à Juju si elle voulait bien accepter de me parler d'elle pour en faire "son portrait", je marchai sur la pointe des pieds... non pas de peur d'un refus bien appuyé, Juju est bien trop de bonne éducation pour cela. Non, c'est plutôt ma demande d'intrusion dans sa vie privée qui m'inquiétait. Et puis, entre la plume de Juju et la mienne il y a un gouffre, et si nous nous trouvons souvent sur les mêmes lignes dans les débats qui s'ouvrent régulièrement sur attelage.org (et oui, vous ne savez pas tout) , j'avoue faire un peu de complexe à interroger cet " animal indomptable" qu'elle est en vérité.

                    J'ai vite été rassuré, je ne serai pas cloué au pilori des malfaisants de la langue française ! Sa réponse à ma première demande a été limpide et directe: "OK, Jean-Claude, je préfère le faire par écrit. Si tu me prépares des questions, j'y répondrai sans langue de bois. De toute façon, je ne sais pas faire autrement… mais par écrit."

          Banco ! Soulagé je suis ! Et ça va me changer des échanges verbaux habituellement en cours dans les interviews. Une formule nouvelle  qui éveille aussi mon intérêt. Questions après questions, jour après jour on avance. Voici donc la compilation des réponses de Juju.

          JCG

 

          " Je suis née en février 44 pendant la guerre à Paris. Mon père était l'un des rares médecins du quartier et il travaillait quasiment jour et nuit. Ma mère était comptable et jonglait d'une façon impressionnante avec les chiffres. Malheureusement ce n'est pas héréditaire, et je compte encore parfois sur mes doigts sans jamais être sûre du résultat ! N'ayant eu ni frère ni sœur, je suis donc une horrible parisienne, et fille unique de surcroît.

          Sans grand enthousiasme, j'ai suivi la filière M' et « sciences expérimentales », puis  je me suis retrouvée en optique, contre mon gré. Ce qui m'intéressait c'était la lecture et le dessin. Mais en ce temps-là, on ne discutait pas. Ça n'avait pas que des inconvénients d'ailleurs : au moins étaient-on, « bien élevés »…………………  

          Avant de tomber dans la voile et les chevaux, j'ai tâté de la danse classique ( et des claquettes, ce qui n'est pas facile, mais beaucoup plus rigolo ), et du judo : je suis, ou plutôt, j'étais, ceinture marron. J'ai mis un terme à cette brillante carrière, parce qu'à la plage, les bleus plein les jambes, ce n'est pas très déco. J'ai fait beaucoup de ski aussi, puis du tennis où il est indéniable que je suis une passoire. 

          Bref… j'ai découvert la voile sur le bateau de mon père quand j'avais cinq ans. Ce fut assez folklorique, voire dangereux, parce que, s'il fut un excellent médecin, à la barre d'un voilier, il fut ce qu'on appelle un « capitaine de bateau-lavoir », une vraie calamité. Pas assez, cependant pour me dégoûter… j'avais pris le virus, et quand j'eus quatorze ans, je ne pensais plus qu'à régater tous les dimanches à la barre de différents dériveurs. Ce fut ma toute première liberté.

 

          Quand j'eus 24 ans, j'allais un jour voir une amie monter son cheval « Où tu pars ? » dans un club voisin. Et, là, je trouvais effectivement où j’allais aller… 

    Comme j'étais au bord de la piste avec mon premier fils dans sa poussette, le diable vint me tenter sous la forme d'une jeune femme qui me proposa de me le garder si je voulais monter. Ah, oui, je le voulais ! 

          Ça m'avait toujours fait envie, mais ma mère n'avait jamais accepté parce qu'elle trouvait que c'était snob. Ah cette connotation de snobisme qui a fait tant de tort aux chevaux ! Donc, à peine m'eut-on proposé un cheval, que je fus dessus. Dès lors, j’abandonnai la voile et ne pensai plus qu'à monter. J'avais si peur, au début, qu'avant chaque reprise, j'en oubliais de m’alimenter. Hélas, cette peur salutaire ne dura pas, et il faudra qu'un jour, je prenne mon cheval sur la tête, en complet, pour concevoir qu'il y a des limites qui ne se franchissent pas. 

                   

          Du Dressage

J’ai eu la chance d’avoir un bon cheval de complet, un anglo. S’il ne respectait pas toujours les barres parce qu’il savait qu’elles tombaient, en cross et en dressage, il était  parfait.

          En  1977, la mélioïdose fit des ravages et tua beaucoup de chevaux. Par malchance mon cheval l’attrapa et il s’en fallut de peu qu’il ne meure. Il fut l’un des premiers qui soit sauvé, mais il resta dans un état épouvantable durant des mois. Enfin, il se remit. Un an plus tard, je le sortis en complet. Nous terminâmes seconds, ce qui était inespéré après ce qui était arrivé, mais j’avais senti tout du long qu’il n’y allait plus avec son cœur. Alors, comme il n’a jamais été dans mes intentions de forcer un cheval, et parce qu’il avait des aptitudes au dressage, je décidais de ne plus faire que du dressage.

           J’appris pour commencer que les livres sont inutiles tant qu’on n’a pas « senti », et tant que le cheval n’a pas dit :  Ouiii, tu as enfin cessé de faire de la friture sur la ligne !

Sylvie Willms ( Apassionata)

Georges Fizet

          J’avais la chance d’être dans un club où montaient Sylvie Séailles et Martine Navarro, toutes deux très grandes cavalières de dressage. Je les regardais travailler, j’en prenais de la graine, je me posais quantité de questions.  La clef de voûte, évidemment c’est l’engagement des postérieurs, asseoir le cheval, remettre du poids sur l’arrière-main, la main légère, l’équilibre en un mot. À partir de là, mon cheval commença à danser, et moi à « prendre mon pied » ! J’obtins les allongements, les vrais, quand c’est juste la foulée qui s’agrandit. Nous fûmes capables de marcher droit, de partir au galop de l’arrêt et du reculer, capables de changer de pied en ligne droite, puis sur le cercle, de juste à faux, et de travailler sur deux pistes, etc.

          En dressage on est seul, on passe pour des fadas mais on s’en fout, on est ailleurs, dans le dernier cercle, là où les chevaux n’accueillent que ceux qui s’en donnent la peine, eh oui, c’est long et c’est ardu… ceux qui oublient leur ego et qui leur parlent poliment, ceux qui acceptent de se remettre en question. J’ai eu la chance de pouvoir travailler quinze jours à Saumur avec Mireille François, et la chance d’avoir par la suite un merveilleux vieux pur sang qui m’a appris le peu que je sais… un rêve! Bien sûr on peut mener sans avoir été cavalier, mais quantité de choses échapperont toujours à ces meneurs-là. En équilibre ce n’est pas difficile d’incurver un cheval. Mais quand on le laisse courir après sa tête, si on ne l’incurve pas, c’est tout bêtement parce qu’il essaye de ne pas se casser la figure !

          En marathon, l’équilibre permet de s’enrouler au plus près des obstacles et de gagner du temps. On n’est pas obligé de rouler comme un malade et ça économise le cheval en même temps. En équilibre, on peut aussi tourner sur place avec une deux roues, si, si… c’est moins lourd, moins tirant, et surtout on a toujours le cheval devant soi, etc, etc.

    Le dressage, c’est « La » solution. En plus, c’est passionnant, mais bien sûr ça demande des efforts… qui veut faire des efforts à présent ?

           À ceux que le dressage tenterait, je recommande Georges Fizet qui est un merveilleux cavalier de dressage et un excellent enseignant. Haras de Fleuville, près de Vonnas, dans l’Ain.

 

 

 

          De l'attelage

Un jour, mais je frôlais déjà la cinquantaine, après avoir exploré le complet, puis m'être passionnée pour le dressage qui est la base, on ne le répètera jamais assez à tous ceux que ça rase, mais surtout un domaine où l'on n'a jamais fini d'en apprendre, parce que, tout comme l'horizon recule quand on avance, la perfection ne se laisse pas approcher… un jour, donc, consciente de mes limites, j'eus un coup de blues et l'envie de tout arrêter.

C'est à ce moment-là que je découvris l'attelage. 

    J'étais invitée chez des amis et j'étais en avance. J'ai vu une pancarte signalant un concours d'attelage sur l'hippodrome de Cluny, je suis allée voir. J'ai vu des obstacles bizarres que des gens franchissaient à toute vitesse sur de drôles de voitures, et qui ne les passaient pas tous de la même façon. J'ai vu une fille et sa voiture emberlificotées dans un arbre avec son cheval, en train d'hurler : " Recule, mais recule ! "… et je suis repartie en me disant : « Ils sont fous ces gens-là »…

          N'empêche que ces attelages me trottèrent dans la tête. La fièvre et l’ambiance du complet me manquaient… ça y ressemblait. Ça avait l'air vraiment sympa cette histoire-là.  À tout hasard, je téléphonai au Haras. On me dit qu'un dernier stage aurait lieu bientôt avec les gardes et les chevaux du haras, qu’il n’y en aurait pas d’autres, d’ailleurs… et qu'il restait une place. Que croyez-vous que je fis ? Je m'inscrivis, évidemment. Je tombais aussitôt en de bonnes mains, celles de Guy Mahieu, puis celles de Franck Deplanche… trois ans plus tard j'étais en championnats. 

 

 

 

                    J’ai d’abord tourné en compétition à un poney avec « Peanut-Barrade », un ovni, un welsh C génial, mais un peu dingo. Il m’a appris beaucoup de choses et m’en a pardonné beaucoup aussi. Nous avons gagné souvent. Nous avions commencé par battre Simone Taillefer à Aubenas… elle était championne de France ! Elle n’en revint pas… moi non plus ! Là, je compris que je « pouvais ».  Avec « Peanut » j’eus la chance de participer aux Championnats de Castries en 93. Là, je pris la mesure de mon attelage en découvrant celui des Sainte-Beuve, tellement beau que j’eus le sentiment de rouler dans une caisse à savon ! En 94 nous remportâmes les Championnats Inter-ligues de Pompadour pour la Bourgogne, avec, en plus, le meilleur résultat en individuel. Je n’en suis pas peu fière car il y avait beaucoup de monde et du beau monde sur les rangs. 

En 94, toujours, ce fut le très boueux, mais très sympa Championnat de la Roche-sur-Yon, puis, en 95, l’inoubliable, l’inégalable, le somptueux Championnat de Chantilly. Un privilège que d’en avoir été. C’est au retour que j’offris sa retraite à « Peanut ». Déjà ? Eh oui, j’avais débuté avec un vieux poney, une vieille voiture et un vieux harnais… mais comme j’étais déjà vieille aussi, je ne déparais pas le lot.

          Ensuite, ce fut une année de galère avec successivement deux chevaux qui se révélèrent dangereux. Avec le deuxième, cependant, j’arrivai à me sélectionner aux championnats de Bordeaux-Lanessan, où j’allai juste pour le plaisir, « en touriste »… l’essentiel est de participer, non ?  Quelques temps après, ce cheval qui avait sûrement des souvenirs dont on ne m’avait pas parlé… après m’avoir mordue, crotté sur la tête, cassé pas mal de matériel, et j’en passe… m’embarqua en forêt. Ce fut effroyable, mais l’expérience est intéressante. Ensuite, quand on dit : « attention », à des meneurs qui ne voient pas le nuage arriver, on sait de quoi on parle.  

    Je continuai ensuite avec « Falone » une Franches-Montagnes adorable. Elle avait un trot magnifique, mais elle ne galopait pas. Elle me donna de beaux dressages cependant. Quand on a pas mal de points d’avance au dressage et qu’on aligne les « sans faute en mania », ça n’a pas beaucoup d’importance si le cheval ne galope pas, et ça l’économise, en plus ! Avec elle en 97, je retournai à Chantilly, puis en 98, nous remportâmes le Championnat de Barbentane.

    En 99, très fatiguée, je décidai de raccrocher… comme les chevaux, j’avais jeté mon feu, et surtout, la jument qui s’en rendait compte, n’éprouva plus le besoin de se fatiguer, et ça tout le monde ne le comprit pas… Il y eut ensuite quelques trecs, quelques randos, quelques routes et quelques traditions avec une vieille charrette anglaise, et pour finir de longues balades en forêt. 

    Vous savez quoi ? C’est sûrement là que le bonheur est caché, si, si…

  

 

                    Les femmes, le cheval et l'équitation

          Là, je me lance sans filets dans mes impressions personnelles…

          Après être passées des poneys aux chevaux, je pense que le côté peluche nous tient longtemps après l’enfance et que le besoin de s’y frotter n’est pas pour rien dans le désir que nous avons de papouiller ces animaux si beaux, si doux, si gentils. Nous retrouvons sans doute auprès d’eux nos jeunes années et nos besoins de câlins… puis la possibilité de leurs confier éventuellement nos secrets, en étant sûres qu’ils ne seront pas répétés !  

           Les garçons se guérissent de ces choses-là plus rapidement que nous. Ou alors ils le cachent bien… Eux Tarzan, nous Jane !

            Ajouterai-je, même si ça n’a rien à voir avec le fait que 80% des cavaliers sont des femmes, qu’elles ont sûrement une meilleure main que ces messieurs ? Euh oui… c’est vrai, mais ne me regardez pas comme ça, messieurs je ne l’ai pas dit bien fort !

           Ensuite ?

          Ensuite viennent l’union libre, le « pacs » ou le mariage, comme on veut, puis la maternité, comme on le veut aussi, ou de grosses responsabilités dévoreuses de temps pour les « mecs en jupons »… un temps où le monde des chevaux disparaît momentanément des écrans. Puis vient le moment, où, « libérées » des enfants « et » des maris, quelques-fois… vers la cinquantaine, mais à condition de s’être prises en charge et de travailler, parce que tout cela n’est pas gratuit, ( puis qu’il convient d’avoir gardé une certaine forme… ), ces dames ayant retrouvé un chouia de liberté retournent aux chevaux, mais peu d’entre elles le font vraiment.

           Il se peut aussi que les plus féministes apprécient dans l’équitation le fait qu’elle est l’un des très rares sports où la mixité est de mise en compétition ? Personnellement je trouve ça normal puisque c’est la jument ( ou le cheval ) qui travaille, après tout !

          Voilà sans doute pourquoi, à l’âge adulte, ces dames se font rares en compétition, tout comme ne courent pas les rues les grandes cuisinières, les grandes couturières, les grandes peintres, les grandes savantes, etc, etc. Mais, par contre, celles qui restent sont des championnes, souvent.

          C’est comme ça.

          Mais, comme dirait quelqu’un que nous connaissons bien, « ce n’est que mon avis… »

 

                    La Juge

                    Quand, bien des années plus tard, je n'eus plus la force de sillonner la France au volant, la nuit, pour aller de terrains en terrains, le week-end, après avoir travaillé toute la semaine, et parce que la banque se fâchait…   afin de « rester dans le bain », afin de renvoyer l'ascenseur à ceux qui s'étaient donné la peine de nous organiser tous ces beaux concours, et afin de faire en sorte que la fête continue pour les autres, je retroussai mes manches et songeai à devenir juge… je le devins. 

Anne Marie Turbé et Patrick

          Pas accueillie à bras ouverts, au début — on n’aime pas bien voir débarquer des concurrents dans les tribunes parce qu’ils connaissent le règlement sur le bout du doigt, et c’est leur intérêt —, j’avais déjà commencé à juger depuis quelques temps. J’ai suivi la filière normale : régionale, candidate nationale, nationale, élite etc. J’ai aussi jugé des internationaux B, présidé le Championnat « Amateurs » à Lignières, été vice–présidente de l’Association Rhône-Alpes d’Attelage et déléguée technique au Championnat de France de Miribel-Jonage qui fut tout sauf une partie de plaisir… puis j’ai été nommée juge de référence par Anne-Marie Turbé, afin d’aller porter la bonne parole quant aux modifications des organisations de concours. Enfin, je fus élue à la succession de mon ami Gilbert Gadois au bureau de la Commission d’Attelage de la FFE.

 Un jour, pourtant, j’ai rendu mon tablier. Je suis sans ambitions. J’étais arrivée là sans avoir rien fait pour cela : aider les autres m’intéresse, les dominer ne m’intéresse pas. Déjà, en concours, travailler et aller me remettre en question était mon unique but, alors m’accrocher à un fauteuil, quitte à avaler des couleuvres, ne fut pas mon truc non plus. J’avais mis « là » tout mon cœur. Entre boulot et dodo, hélas, il n’y avait que « ça » dans ma vie. Je n’en dirai pas plus… je suis partie écœurée, j’ai laissé ma place, mais certains n’attendaient que ça.

    Donc, effectivement, le bonheur n’est pas là… il est au fond des bois, dans un rayon de soleil, rênes longues, loin des ambitions dérisoires et de la compétition qui rend fou… avec pour seul juge et pour ami, un cheval… on n’est jamais déçu, ni seul avec un cheval.

     De ces années, il reste heureusement le souvenir de ceux que je m’en voudrais d’oublier.

 

                    Les amis

 

Joseph Lévesque

Stéphane Meyson

Daniel Chemin

 

Albert Berthoz,  Jean Pierre Boucan, Alfred Mussato, Franck Deplanche, Rémi Ardouin

 

  

 

           

         

          Je commencerai par celui que tout le monde adore, Joseph Lévêque, et son humilité, « notre » Joseph, qui, de A jusqu’à Z, connaît tout des chevaux, … Joseph qui ne se laissait pas marcher sur les pieds, d’ailleurs, et qui, solide comme un rocher breton, chante encore la « Paimpolaise », et continue vaillamment sa vie. Stéphane Meyson, Steph, concurrent « et » néanmoins ami… un champion qui a tout appris seul et qui n’a jamais fait d’histoires à personne… qui m’a prêté l’une de ses voitures parce que la mienne n’était pas bonne, et qui, une fois dans les tribunes, m’a recommandé de ne jamais changer… Daniel Chemin, excellent juge dont les colères me faisaient tellement rire et qui m’a tant aidée… Albert Berthoz qui savait si bien faire tourner son monde en bourrique, et dont la conception du règlement était si particulière, mais… dont l’insondable générosité a permis au Sud d’avoir des concours !

          Jean-Pierre Boucan, le roi de la contre-pétrie, inoubliable, le bagpipe ou la trompe à la main… le délicieux humour et l’amicale fidélité de William Andersen et de Vital Lepouriel… le dévouement sans exemple et l’inusable soutien d’Alfred Mussato… les formidables soirées à Autrans chez les Perret, la reconnaissance et l’amitié de Ben, notre très grand champion, Benjamin Aillaud… l’efficacité et la gentillesse de Rémi Ardoin… la belle amitié de la famille Chèze, tous de très grands meneurs, la fidélité de la famille Trangosi, des organisateurs sans pareils, Jean Vogel qui fut toujours là…  mon amie Eve Cadi-Verna que j’eus la chance de voir de près escalader les étoiles… l’amitié de Claudine Hodencq, ce qui n’est pas offert à tout le monde… les pitreries de Franck Deplanche… le bonheur enfin d’avoir trouvé sur le terrain des meneurs aussi chaleureux que les Curinier  et j’en passe… je ne peux pas les citer tous, ce n’est pas possible et j’espère qu’ils ne m’en voudront pas, mais tous ont ensoleillé ma vie.

Jérome Chèze, William Andersen et Jean François Trangosi, Gérard et Gwénaëlle Vannier, Benjamin Aillaud, Gilbert Gadois, Eve Cadi Verna, Claudine Hodencq, Vital Lepouriel

          À l’issue du tout dernier concours que j’ai jugé, en 2008, je crois, l’ARRA offrit un pot d’adieu. On me remit deux douzaines de roses et une magnifique corbeille de fruits de la part des concurrents, merci, merci… puis François Orlandini avec qui j’avais été longtemps concurrente, a pris le micro pour dire que jamais je n’avais regardé qui était aux guides… croyez moi, ça m’a fait chaud au cœur, parce qu’effectivement, même si je me suis souvent dit que ça ne me réussissait pas d’être honnête, je n’ai jamais noté que ce que l’on me montrait, et… comme ancienne cavalière de dressage et ancienne concurrente d’attelage, je suppose que je savais à peu près ce que je faisais.

Guy Charvériat

Claude Bernatets

Maurice Loporati (au centre)

Alain Berthon

    Pour terminer, Guy Charveriat me donna la possibilité de finir en beauté.

    Opéré d’un genou et dans l’incapacité de se rendre au concours de tradition du Grand Saint-Jean près d’Aix en Provence, il me confia sa belle jument, son exceptionnel ralli cart et son camion pour que j’y aille à sa place !

   Je n’avais pas repris les guides en concours depuis plus de dix ans… avec l’aide de Claude Bernatets, je n’eus le temps de la travailler que cinq ou six fois, et dans une quatre roues de marathon de surcroît, car… pour ne pas l’abîmer, je n’utilisai le ralli cart qu’au tout dernier moment, et ça n’a rien à voir… puis la demoiselle n’avait pas travaillé depuis plusieurs mois et elle était passablement raide et fébrile… j’avais donc pas mal de raisons de me planter, et… nous avons gagné !

    - Il y a des moments de grâce, me confia l’organisateur, Jean-Claude Sauvat, à la remise des prix, enchanté.

    La jument est toujours de ce monde et partage à présent une retraite comme j’en souhaite une à tous les chevaux, en compagnie de son copain « Espoir » chez Maurice Leporati.

          Elle s’appelle « Mélissa »… Alain Berthon l’avait trouvée, Sébastien Mourier l’avait débourrée. Allez, rêvons un peu, il est clair que si elle m’offrit ce dernier plaisir, c’est, parce que tout du long, je l’avais rebaptisée « Ma chérie » !

      Quand on n’a plus de chevaux, ma foi, on peut encore les écrire… alors je m’y suis employée parce que, dans le monde des chevaux, la meilleure des choses, tout de même, ce sont eux. Pour le reste, je n’ai pas tout écrit…  

   À présent, je sais que l'attelage fut la grande aventure de ma vie… j'en rêve encore, et je suis heureuse d'y avoir encore autant d'amis. Cela dit, on ne m'a pas souvent revue sur les terrains de concours depuis que je suis partie, c'est vrai… parce que si ça me manque, évidemment… ça me retourne aussi le couteau dans la plaie de m'y retrouver à pied.

          Merci enfin à Jean-Claude de m’avoir si gentiment demandé et permis de m’exprimer.

 

 

 

          La passion d'écrire

 

            On a tous quelque chose à raconter, on a tous eu envie d’écrire un jour, c’est normal. Pourtant ce n’est pas facile car il faut avoir du temps devant soi et du silence. Parfois on voudrait s’y mettre et le programme de la journée est trop chargé ; dans ce cas, on peut prendre des notes sur des bouts de papier… parfois on a le temps, et ça ne vient pas. Ça n’est surtout pas simple de commencer : au présent, à l’imparfait, au passé simple ? À la première personne ou à la troisième, ce qui change complètement l’angle d’attaque et permet, ou ne permet pas de dire certaines choses… Pas simple mais très important, car c’est au démarrage qu’on accroche le lecteur ou pas. En tout cas ça permet de se replonger dans notre très difficile grammaire, et de redécouvrir que la langue française est belle, très belle, mais très sophistiquée.

          Le mieux, c’est encore de ne pas se poser de question, et, curieusement, ça embraye tout seul. J’ai cette chance de me réveiller « avec »… ce qui me permet de foncer sur le clavier à des heures indues et de m’y retrouver encore à midi passé et en chemise de nuit ! Si rien ne vient, je vais faire autre chose. Le pire c’est « après » le premier jet. Ayant un foutu caractère de perfectionniste, « après », je peux recommencer la même page une dizaine de fois, chercher le mot qui exprime le mieux ma pensée, tout en sachant que personne ne la recevra de la même façon… faire en sorte que le phrasé soit musical, et changer un mot pour cela, afin d’avoir une syllabe de plus ou de moins, puis garder cet esprit critique qui permet de faire déborder la corbeille de l’ordinateur.

          Toute gosse, j’étais seule, comme je l’ai déjà dit. Un silence de mort planait entre mes parents. Je m’enfermais donc dans ma chambre où je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. La lecture, c’était mon évasion. Quand j’avais mal travaillé, ma mère me supprimait tous mes bouquins… elle me l’a fait trois fois. C’était épouvantable, je ne vous dis pas. C’est elle aussi qui me fit donner des répétitions de français par une institutrice qui s’appelait  Mademoiselle Lambert. Je l’adorais. Elle me donnait des sujets à traiter et j’aimais ça. Un jour elle prit ma mère à part pour lui dire que j’avais des dispositions ( ? ) Ensuite, tout au long de ma vie, j’écrivis quelques pages, comme ça, de temps en temps. Une sorte de journal, pas plus.

          À l’heure de la retraite, on m’offrit un ordinateur, un beau, la boule de chez Mac, vous voyez ? À défaut de savoir quoi en faire, et surtout comment m’en servir, je le trouvai très déco.

          J’appris seule et fis pas mal de bêtises qui me permirent de passer du temps au téléphone avec des dépanneurs d’une patience admirable… puis soudain, « bon sang, mais c’est bien sûr », me vint l’idée lumineuse d’évoquer les chevaux que j’avais connus. C’était parti !

Le général Durand

          Trouver un éditeur, c’est la quadrature du cercle… tout ce que vous faites est passionnant, mais, malheureusement, jamais dans la ligne de leurs publications… on vous souhaite tout de même bonne chance! Un jour cependant, au bout de quelques jours, je reçus un coup de fil d’un éditeur qui me dit qu’il avait dévoré mon manuscrit et qui me demanda tout de go quel format et quel papier je souhaitais ! Là, je vérifiai que je n’étais pas cardiaque. J’étais tombée sur un ancien cavalier de complet… ça aide. François de Bordas, vous êtes dans mon cœur à jamais.

          Vital Lepouriel eut la gentillesse de poser ce manuscrit sur le bureau du « Grand Dieu » de l’époque, le général Durand en personne. Il eut la bonté de le lire et me fit une préface tellement belle et si perspicace que je fondis en larmes en la lisant. Le général est une des plus belles et des plus extraordinaires rencontres de ma vie. Il m’a encouragée à persévérer, prenant régulièrement de mes nouvelles pour savoir ce que j’écrivais. Avec beaucoup d’humour, et, de sa grosse voix éraillée, il me racontait Saumur… puis, quand mes trois premiers livres furent épuisés, il se battit pour que je sois rééditée ! Ça fit des jalousies… il n’y a pas que le milieu des chevaux qui soit compliqué.

               Son décès, ça fera quatre ans en octobre, m’a laissée orpheline parce que cette confiance en moi que mon père ne m’avait jamais insufflée, lui, il me l’a donnée…  Marie-Odile son épouse, a pris le relais désormais, et je lui en suis  profondément reconnaissante. Alors je continue…

          À présent, c’est de plus en plus difficile parce que, si je tape toujours avec trois doigts, mes yeux me trahissent… alors je passe beaucoup de temps à corriger mes fautes de frappe, et mes fautes tout court… et si vous en voyez, ma foi, j’espère que vous serez indulgents !

 

          © Julie Wasselin /JCG/ attelage.org

         

                                                            

La bibliographie de Julie Wasselin

2012 Le Quotidien d'une visiteuse médicale

2014 Sous le regard des chevaux et Seuls les chevaux sont innocents

2015 Couleur sépia

2016 Ah les petits voiseaux!

2017 Rênes longues

2018 Baroomby et À l'heure de remiser le fiacre

2019 Les folles aventures d'un cheval pas comme les autres

2020 Embruns

 


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