Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 17/06/2020 17:25:20
Rubrique : Interviews, lu 757 fois. Un commentaire
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ANNE de SAINTE MARIE ''je veux une fédération plus ouverte''


 

                                                         ANNE de SAINTE MARIE  et sa vision d'une future fédération

 

          Questionnée sur beaucoup de sujets à l'approche d'une élection prochaine à la présidence de la Fédération, Madame de Sainte Marie aujourd'hui candidate, présente un programme déjà très abouti. Jugez en vous même ...

JCG

          Anne de Sainte Marie: " je suis d'une famille de professionnels, mes parents travaillaient dans les Haras Nationaux aussi ai-je une culture attelage de base, j'ai travaillé au Salon du Cheval ou j’ai créé la Paris'Cup d'attelage. Je connais également l'attelage de Tradition, et je connais attelage.org et j'ai lu quelques-uns de vos écrits.

          attelage.org: quels sont les maîtres mots de votre projet pour une prochaine Fédération Française d'Equitation ?

          Anne de Sainte Marie: "cheval et qualité sont les deux maîtres mots que je retiens en priorité. Mettre le cheval au cœur du projet, au-devant de l'équitation, car c'est ce qui nous unit tous, cavaliers, meneurs, professionnels, clubs, organisateurs. Notre relation avec le cheval nous permettra un développement et un ancrage dans la société d'aujourd'hui. Ensuite la qualité. Nous sommes dans une société de services, l'exigence du public va toujours croissant, et l'on ne peut pas faire l'économie d'une qualité croissante elle aussi. Chacun doit faire de l'excellence dans son domaine."

          attelage.org: on critique volontiers vous le savez le niveau de l'enseignement équestre dans les clubs. Où placer le curseur entre la qualité et la quantité ?

            Anne de Sainte Marie: "par le passé, nous avons du répondre à une importante quantité de demande, et cela s'est traduit par une standardisation. Je ne crois pas qu'il faille opposer quantité et qualité. En revanche, la standardisation est un ancien modèle. Si on encourage toutes les écuries, a se développer sur les mêmes activité, nous allons lasser le public. Ce qui a détériore la qualité, c'est que chaque structure essaie de répondre à une commande fédérale de diversité à tout prix. Personne ne peut tout faire bien. On épuise les dirigeants, leurs équipes en gaspillant leur énergie.." Chaque structure a une identité il faut le aider à la renforcer, c’est cela qui crée de la valeur ajoutée.

          attelage.org: le sport paraît peu présent dans vos communications…

          Anne de Sainte Marie: " le sport c'est ma culture, je suis cavalière... Pour les disciplines de haut niveau, celles des JEM, notre philosophie est de reconnaitre chaque pratique dans ses spécificités, en encourageant les initiatives au sein de communautés ouvertes, du débutant au sportif de plus haut niveau  Sur le volet clubs,  poneys, amateurs et Pro, nous restons dans une continuité, il n'y a pas lieu à bouleversements. Pour les clubs et des poneys, le projet s'articule autour des valeurs pour des compétitions qui s'adressent majoritairement à des jeunes cavaliers. Incarner les valeurs d'aujourd'hui : partage, solidarité, entraide, dépassement de soi. Faire des manifestations qui démontrent un aspect sportif et de fair-play.

          Pour les amateurs et Pro, il faut que chacun se retrouve dans un projet. Un amateur a besoin de classements, de victoires... Comment mettre en place un système qui lui permette d'assouvir son ambition sportive. L'amateur est la pierre angulaire de tout un système où gravitent écuries, enseignants, coaching… Aux professionnels il faut aménager la place pour la formation, la préparation et le commerce des chevaux,."

          attelage.org: venons-en à la formation des enseignants et des juges...

          Anne de Sainte Marie: " en ce qui concerne la formation en général, on constate un état d’insatisfaction. Il est urgent de mettre toutes les parties autour de la table. Aujourd'hui on constate que des entreprises n'arrivent pas à embaucher, les gens ne restent pas dans le métier, il y a moins de personnes qui entrent en formation… Pour moi tout cela est une alerte majeure sur l'attractivité de nos métiers qui est en chute libre. Si l'on regarde ce qui s'est passé dans la filière course, où il y a depuis 10 ans une pénurie de personnel... Voilà une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. La réponse est très claire un plan Marshall pour la formation initiale et continue.

          Sur la formation des officiels de compétition, il est important de soutenir ces bénévoles sans qui notre système sportif ne tiendrait pas debout. Ils sont   les garants de la sécurité et du bien être animal, leur rôle pédagogique mérite d’être valorisé au-delà du simple arbitrage. Il faut accompagner les officiels de compétition qui se sentent parfois délaissées, les soutenir lorsqu’il y a des décisions difficiles à tenir. Enfin, la crise du Covid nous a montré que l'on n’était pas obligé de tout faire en présentiel, et   qu'il y avait des moyens et un boulevard devant nous pour informatiser les formations.

          La formation continue pour les enseignants, et les juges est un impératif. Quelle que soit la qualité de la formation initiale à 21 ou 22 ans, personne ne sera formé pour toute une carrière. C'est un obstacle majeur à toute évolution. Le cheval permet toutes sortes de métiers. Pour la formation continue des juges, que ce soit pour un recyclage ou une progression dans la hiérarchie, c'est le même enjeu.

          attelage.org: les Commissions qui permettaient les échanges entre les acteurs de la discipline (attelage par exemple), et la fédération ont disparu. Comment pensez-vous assurer ce lien pour l'avenir ?

          Anne de Sainte Marie: " de manière générale, et pas spécialement pour l'attelage, nous avons besoin d'une fédération ouverte, partenariale et à l'écoute. Une fédération déconnectée s'assèche. Nous mettrons en lien des dispositifs à l'aide des CRE et des CDE. Il faut faire confiance aux acteurs de chaque discipline. C'est particulièrement vrai pour le haut niveau, qui doit être co-construit avec les acteurs de la discipline. Le souffle doit venir des champions. Ces derniers sont des moteurs avec les organisateurs, les officiels de compétition…

          attelage.org: un autre sujet, celui du changement des statuts de l'actuelle fédération, changement qui a supprimé le droit de vote à nombre de petits clubs.

          Anne de Sainte Marie: "c'est une priorité pour moi de revenir sur cet état de choses. Il y a aujourd'hui 20.000 licenciés qui ne sont pas représentés ! C'est inadmissible. Il y a aussi des présidents de CDE bénévoles qui vont être exclus parce qu'ils ne sont pas dirigeants d'une structure  équestre  (CDE CDTE). Nous nous passons ainsi de bonnes volontés et de compétences variées… Il faut impérativement  que toutes les structures grandes ou petites soient représentées.

          attelage.org: dans quel état se trouve la trésorerie de la fédération, y a-t-il des répercussions négatives sur les finances par cette période du COVID, le montant des licences peut-il s'en trouver affecté ?

          Anne de Sainte Marie: " je n'ai les comptes de la fédération que ceux publiés lors des AG. Ils sont sommaires, mais il faut reconnaître que la fédération est très bien gérée, elle est riche au contraire d’une majorité de structures équestres… Bien sûr la période du COVID a entamé les recettes de la fédération surtout sur les revenus sur engagement en compétition, dans une moindre proportion pour les recettes licences. Il y a 550 000 licences enregistrées contre 620 000 l'année dernière. L'atterrissage ne sera pas si douloureux que cela. Il y a aussi j'imagine des économies de coûts, pour moi il n'y a pas lieu d'être inquiet. Je pense qu'il ne faut surtout pas augmenter les licences et les prestations en mettant du poids sur l'économie des clubs."

          attelage.org: des lecteurs d'attelage.org que j'ai sondé souhaitent aborder avec vous quelques questions. Les voici en vrac. Avez-vous dans vos projets la possibilité de prendre directement une licence auprès de la fédération sans passer par un établissement équestre ?

          Anne de Sainte Marie: " je n'ai pas connaissance de ce projet, mais il convient de renouveler les licences. Résumer la licence à une assurance comme aujourd'hui à passer des galops ou à entrer en compétition est beaucoup trop réducteur. Cela explique la baisse des licences qui perdent de l'intérêt. Il faut se reposer la question des  licences avec une approche marketing."

          attelage.org: autre question d'un lecteur : pourquoi ne pas organiser sur le site fédéral, des stages ouverts aux amateurs comme cela est fait pour les meneurs élites dans le cadre des équipes de France ?

          Anne de Sainte Marie:" typiquement cela relève de l'action des CRE. Les CRE doivent être soutenus pour pouvoir répondre aux sollicitations des acteurs de la discipline. Et puis n'oublions pas l'enjeu écologique. Éviter autant que possible de faire traverser la France aux attelages. Bien marquer la différence entre les grands rassemblements et ce qui peut se faire au niveau régional. "

          attelage.org : une question sur les scandales sexuels au sein de la fédération. Quelles actions souhaitez-vous mener dans ce domaine ?

          Anne de Sainte Marie: " il faut d'abord avoir le courage d'aborder le problème de dire les choses. La fédération doit être dans la transparence, il faut être proactif et pas réactif à posteriori. Dans la société d'aujourd'hui il doit y avoir des modules de formation abordant ces problèmes. Nos enseignants, nos encadrants doivent être sensibilisés, il faut mettre en place des procédures pour recueillir la parole. L'enjeu c'est bien sûr la protection des enfants et la confiance des parents. Des parents qui n'ont plus confiance, c'est l'activité du club qui est danger. C'est un sujet difficile qui touche à des tabous, il faut avancer en concertation avec les services de l’Etat. Des outils existent comme la carte professionnelle, qui méritent d’être rénovés.

          attelage.org : une question sur les diplômes: on ne s'y retrouve plus dans les diplômes BPJEPS, DEJEPS BFE 1 et 2 ...

          Anne de Sainte Marie: " deux disciplines sont orphelines de diplômes spécifiques : l'attelage et le western. Cela n’est pas acceptable, c'est à la fédération de bouger là-dessus. "

          attelage.org : une question sur le dopage et le respect du bien être animal ...

          Anne de Sainte Marie: " c'est à la fédération de faire de la communication et de la formation sur le sujet du dopage. L'AFLD a pour mission de diligenter les contrôles sur le plan national, à l’international cela revient à la FEI.

          Pour le bien-être animal il faut aujourd'hui faire plus que nos pratiques actuelles. On ne parle pas assez de ce que l'on fait de bien dans ce domaine. C'est d'abord par conviction que l'on veut le bien de nos chevaux et dans ce cas chaque jour l'on peut s'améliorer. La fédération doit montrer l'exemple en termes d'hébergement, d'éducation, et la prise en charge des chevaux dans la compétition. Nous sommes  aujourd'hui face à des enjeux sociétaux majeurs, il y a des mouvements radicaux animalistes. Il faut donc prendre les devants en nous adressant au grand public avec des messages pédagogiques de femme et d’homme de cheval.

          attelage.org : pour terminer je vous laisse le choix d'un dernier sujet…

          Anne de Sainte Marie: " j’aurais aimé abordé le sujet du para-attelage. Cette activité manque d’impulsion sur notre territoire, que ce soit dans ces pratiques en club dans le cadre d’action de médiation ou sur le volet sportif en compétition. Le para-attelage devrait être promu sur le plan de la performance, , bref on n'en parle pas assez !"

          Nos remerciements à Madame de Sainte Marie pour cet échange, nous aurons l'occasion de revenir sur ces sujets.  

  © JCG/ attelage.org

         


  Commentaires
-aaahhhh par Picotin (18/06/2020 09:19:17)
un peu d'air pur !