Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 03/11/2008 09:54:20
Rubrique : Culture générale, lu 2706 fois. Pas de commentaires
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L'action du fouet


 

         Le fouet doit être avant tout une aide. La remonte doit précautionneusement faire sa connaissance en tant que tel. La re­monte doit être accoutumée au fouet comme à notre main et à notre voix! Le fouet peut et doit aussi récompenser et calmer. En particu­lier avec les chevaux de sang ou nerveux, il doit pouvoir maintenir un contact rassurant, il doit en un mot rappeler notre présence exac­tement comme notre main et notre voix. Nos chevaux ne doivent jamais avoir l'impression d'être abandonnés à eux-mêmes surtout à l'âge de remontes, mais aussi plus tard; comme le contact moelleux de la main, comme la voix douce: «la voix de son maî­tre», un contact permanent du fouet derrière le mantelet peut parfaitement calmer le che­val si les aides sont employées correctement dès le début, sans le remettre à l'ordre, sans le mettre en avant.

 

 

 

 

 

 

Laissons souvent le cheval s'approcher de nous quand nous tenons encore le fouet dans la main, et récompensons-le.

 

 

 

         La saison d'hiver par exemple est idéale pour accoutumer au fouet, dans le manège, les re­montes ou les chevaux plus âgés qui en ont peur. Même le cheval le plus craintif s'y habi­tue petit à petit à force de patience et d'a­mour. Prenons notre temps, n'oublions ja­mais de récompenser dès que le cheval nous a compris. Un cheval comprend tout si nous savons seulement le lui «expliquer». Nous lâ­chons progressivement le cheval dans le ma­nège et lui donnons des commandements simples avec la voix, le fouet en main. Nous laissons alors le cheval venir à nous en restant immobile le fouet en main et le récompen­sons. Nous ('éloignons à nouveau à la main et le relâchons, mais sans le mettre en avant avec le fouet.

 

         Ne jamais pénétrer dans le boxe ou dans la stalle avec le fouet: le déposer auparavant. Nous autres êtres humains, ne concluons-nous pas plus facilement une affaire avec quelqu'un en qui nous avons confiance? Un cheval n'est pas différent sur ce point, et  il nous offrira encore plus de joie et de satisfaction que nombre d'êtres humains!

 

 

 

 

 

La remonte doit s’habituer au fouet comme

Il doit s’habituer à notre main et à notre voix.

 

        

 

         L'action des aides peut servir à avertir, mettre en avant, calmer et corriger.

Pour mettre en avant, le fouet est appliqué à l'extérieur derrière le mantelet au cas où un cheval ne réagit pas suffisamment à notre voix qui l'avertit discrètement; le cheval est attouché avec la mèche du fouet, ceci avec une intensivité progressive, jusqu'à ce qu'il réponde positivement et nettement. Il n'existe évidemment pas de règle stricte. Chaque meneur doit être capable d'estimer si son cheval a suffisamment réagi à la simple présence du fouet ou au premier attouche­ment ou si une action persistante et progres­sive est nécessaire. L'important, c'est que le cheval comprenne pourquoi l'aide est appli­quée. S'il a accepté l'aide, notre voix le ré­compense et le fouet quitte le cheval.

         L'aide qui avertit ne met pas le cheval en avant, elle le remet à l'ordre. En cas de crainte, si le cheval ne marche pas droit, s'il s'écarte sans raison du timon, nous em­ployons le fouet sur le côté opposé, établis­sant ainsi notre aide de contact, nous cal­mons et avertissons d'une voix douce. La même chose lorsque le cheval, sans raison apparente, ne garde pas le contact avec le mors ou n'est pas à son affaire lors de la pa­rade (*). Nous flattons toujours avec la voix dès que le cheval nous a compris et a accepté l'aide. La condition préalable est que le cheval ait confiance en nous. Le fouet ne doit jamais chatouiller et agacer, il doit aider. .

 

(ndlr : ici le mot parade dans le vocabulaire « germanique »  utilisé en équitation peut se traduire comme « demi arrêt »  )

 

 

 

 

 

Pour pousser les chevaux, le fouet est utilisé côté extérieur, derrière le mantelet

 

         C'est en particulier avec les pur-sangs en tous genres que j'ai appris à apprécier l'action cal­mante du fouet. Un cheval qui n'a pas de rythme par exemple, qui s'encapuchonne, qui refuse de tirer, un cheval nerveux se calme avec le fouet sur le dos, il passe petit à petit au pas, il se détend. Le fouet doit dans ce cas rester plus longtemps en contact, pendant que la main gauche recherche le contact léger avec la bouche et accompagne celui-ci. Si le fouet est retiré trop tôt, le cheval perd à nou­veau le rythme.

        

         Une preuve du manque de contact, une preuve donc que le fouet peut être une aide qui calme! La voix douce ac­compagne l'action du fouet, et elle pourra même le remplacer avec le temps pour cha­que forme d'aide, ce qui est très important avec les attelages à plusieurs chevaux.

 

J'aimerais attirer l'attention sur deux fautes majeures qu'on peut souvent observer chez de nombreux meneurs même déjà expérimentés : on ne doit par exemple pas chercher à maîtriser par un coup de fouet un sous-verge effarouché par un «danger» survenu sur sa droite, mais plutôt toucher tout d'abord le postillon afin qu'il reste en place et ne se laisse pas repousser contre le milieu de la rue, contre le dangereux trafic. C'est seulement une fois que ce cheval est attentif et vraiment «notre» que le sous-verge obtient l'aide qui le calme, l'avertit et le remet en avant. Les guides ne sont pas plus reprises qu'il n'en faut pour assurer que les chevaux restent sur le côté de la route, et nous rendons immédia­tement et avec doigté dès que le danger est passé.

        

 

        

 

 

 

Une autre faute souvent commise; sur une route étroite, lorsqu'un train routier s'ap­proche par exemple, le peur fait souvent re­prendre les guides à l'avance, ce qui rend le cheval attentif au danger. Cette habitude s'aggrave en général tellement avec le temps qu'il en devient tout à fait impossible de me­ner de tels chevaux tranquillement dans la cir­culation, ils deviennent un danger public! Avec les jeunes chevaux et ceux qui n'on pas encore pris de mauvaises habitudes, nous de­vrions au contraire discrètement raccourcir les guides sans les tendre davantage avant le «danger» afin de ne pas préparer les che­vaux à une frayeur éventuelle. Nous les cal­mons tout au plus de la voix afin de les mettre un peu plus en avant et nous les distrayons du monstre qui s'approche. Ce n'est qu'une fois que les chevaux sont vraiment effarouchés que nous tendons plus ou corrigeons les guides. Nous rendons immédiatement une fois la peur passée.

 

 

 

 

Même s'ils ont déjà la mauvaise habitude de s'effrayer, les chevaux menés de cette manière oublient progressi­vement leur peur, puisque rien ne s'est passé, puisqu'ils ne se sont pas fait mal non plus, et nous obtenons en peu de temps des remontes et des chevaux «aptes au trafic».

 

         Le fouet peut punir; cette aide est celle qui est à utiliser le moins souvent. Mais si ça de­vient absolument nécessaire, son application doit être énergique, brève, sèche et rapide. Le cheval doit le comprendre. Si ça dure trop longtemps, le cheval ne réalisera plus pour­quoi il a reçu une correction, mais il n'oubliera jamais les circonstances, l'endroit et notre brutalité! Le meneur doit être capable d'estimer si le cheval agit par peur ou pour un motif similaire, ou s'il doit être remis en place à cause de sa mauvaise volonté ou d'une mau­vaise habitude. Dans ce cas, nous ne faisons pas emploi de notre voix. L'ordre et l'obéis­sance étant progressivement rétablis, la voix qui récompense ne doit alors pas faire dé­faut.

 

         Une condition préalable à toute conduite cor­recte est l'ajustage correct des guides. Si par exemple l'un des chevaux a moins d'allant ou est plus long que l'autre, les guides doi­vent être allongées en conséquence. En bri­cole, la sous-ventrière ne doit pas être trop tendue, la longueur des traits correcte; le col­lier doit être bien ajusté et ne doit pas appuyer plus à un endroit ou sur un côté que sur l'au­tre, etc, etc. Si nous ne respectons pas ces règles, nos aides ne feront qu'amener notre pauvre cheval au désarroi: nous le mettons en avant, mais il est retenu par les guides trop courtes; ou alors la sous-ventrière trop ten­due l'empêche d'avancer; le collier frotte, ça fait mal, et si on corrige avec le fouet, ça fera encore plus mal...

 

         Rien de plus facile que de mener vite. Par contre, mener lentement, rassemblé, dans le rythme, sur les quatre jambes, tranquille­ment, impulsif dans l'accélération, perméable dans les transitions, c'est cela (et bien d'au­tres choses encore) l'art de l'attelage.

 

         L'équilibre étant atteint, les chevaux réagis­sant à la main qui rend et qui reprend, etc, la vitesse peut être progressivement augmen­tée à partir du trot lent et rassemblé. Les che­vaux, même s'ils n'ont que peu de tempéra­ment, comprennent vite où on veut en venir. Un attouchement, une caresse suffit alors ici et là pour aller vite, pour passer un obstacle dans le marathon. Pas de cris et jamais de coups, puisque c'est une punition! Si dans une situation désespérée - l'attelage à quatre enroulé autour d'un arbre, pris dans le fossé-les chevaux ne réagissent plus aux aides qui les avertissent ou mettent en avant, les coups ne servent de toute façon à rien. C'est même faux, car le pauvre cheval perdra la tête rien que par peur la prochaine fois qu'il se trouvera dans une situation analogue; engagé déses­pérément dans un obstacle similaire, il perdra courage avant même d'avoir vraiment pu res­ter coincé.

 

         Il y a bien entendu des situations dans les­quelles il faut réagir d'une manière particu­lière: par exemple lorsque l'un des chevaux glisse (en général à cause d'un ferrage inadé­quat) et est couché la tête sur le sol. Il se trouve pour ainsi dire en état de choc. Un ou deux coups de fouet secs et il se relève. Rien ne s'est passé, le groom n'a même pas dû mettre pied à terre etc. Un état de choc peut être éliminé par l'effet d'un autre choc. Mais il est inutile de continuer à frapper si l'effet n'est pas immédiat.

Nous autres meneurs ont seuls la faculté d'estimer touts ces circonstances, ces inci­dents, ces réactions des chevaux! Quelle res­ponsabilité!

 

         Le langage de nos chevaux est constitué par leurs réactions, et c'est à nous de les com­prendre. Ils nous «disent» où, quand ça fait mal, s'il s'agit de peur ou de mauvaise vo­lonté, si c'est encore la panique de mauvaises expériences passées; nous devons simple­ment le comprendre. C'est pourquoi il faut que nous nous occupions davantage de la psychologie du cheval, que nous réfléchissions beaucoup et souvent aux nombreux «pour­quoi». Combien de nuits sans sommeil passe le cavalier ou le meneur consciencieux à cause de difficultés vécues ou constatées, jusqu'à ce qu'il ait trouvé la bonne réponse au «pourquoi».

        

         Un beau jour, tout d'un coup, no­tre réponse est la bonne. Quelle satisfaction pour l'homme qui reçoit du cheval des preuves de sa reconnaissance! Notre cheval est comme nous un être vivant, il ressent, il souffre, il se réjouit, il se souvient, il est reconnaissant. N'est-il alors pas criminel de le frapper dans des situations désespérées où c'est tout de même nous qui l'avons mené?

 

         Chaque homme de bon sens est supérieur au cheval, il doit être capable de mieux se maîtri­ser, sinon apprendre à le faire; c'est juste­ment sur ce point qu'il doit prouver sa supé­riorité! Respectons nos fidèles chevaux qui se donnent si souvent à fond pour nous, qui se sacrifient pour nous, et considérons enfin nos fouets comme une aide. Nous mènerons alors sans l'ombre d'un doute avec plus de légèreté, de sécurité et d'élégance.

 

                            In mémoriam Achenbach 4/83        A. Széchény


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