Article proposé par Tonton, paru le 02/12/2005 09:19:42
Rubrique : Culture générale, lu 7661 fois. Pas de commentaires
Partager

Evaluer un cheval...


 

EVALUER UN CHEVAL, cours d’hippologie  EAABC SAUMUR (1/2)

 

1 ère partie

 

L'ENSEMBLE

 

                   C'est par l'ensemble qu'il faut commencer l'examen du cheval, pour passer ensuite aux détails et conclure, enfin, sur la qualité générale du modèle. .

                   Bien entendu, cet examen d'ensemble qui fait juger uniquement le modèle doit être complété, pour que le jugement soit complet, par une épreuve de qualité (cheval monté) et par l'examen vétérinaire.

                   L'ensemble résume l'état extérieur et le rapport des différentes parties de l'organisme entre elles.

                   L'ensemble, c'est-à-dire les contours généraux du corps ou la silhouette est le résultat des rapports entretenus par la hauteur la longueur et la largeur de l'animal dont l'association diversement combinée détermine le volume.

                   Avant d'entreprendre en détail l'étude de ces rapports, il est bon de savoir juger du premier coup d'œil Ies qualités respectives de chacun de ces éléments d'appréciation.

 

Hauteur.

                   Suivant leur taille, on classe les chevaux en grands, moyens, petits. Chez les animaux bien conformés, la taille au garrot égale la taille prise au sommet de la croupe.

 

 

 

 

Cheval bien conformé

 

 

 

 

 

 

 

                   Lorsque la taille au garrot est supérieure, le cheval est dit « haut du devant », fait en montant; dans le cas contraire, on le qualifie de bas du devant} fait en descendant} en plongeant en brouette.

 

    

 

 

                  Cheval fait en montant                                   Cheval fait en plongeant

 

 

 

Longueur.

 

                   Se mesure de la pointe de l'épaule à la pointe de la fesse; elle égale ordinairement la taille, mais peut dépasser ces limites et le cheval devenir long.

                   L'exagération de la longueur, suivant le cas, peut réaliser une beauté ou devenir une défectuosité. L'excès de longueur du corps constitue une beauté toutes les fois que cet excès résulte de l'étendue particulièrement grande de l'épaule, de la côte et de la croupe. le cheval est dit « étendu ».

                   Au contraire, l'exagération de la longueur est une défectuosité lorsqu'elle procède de l'excès de longueur du flanc. La jument, en raison de ses fonctions de mère, a le corps plus long que celui du cheval.

 

 

Largeur.

La largeur, encore appelée ampleur, se rapporte à l'épaisseur du corps mesurée par la saillie

latérale de la côte.  Les chevaux de race, pourvus de muscles denses, serrés et puissants, ont des formes un peu aplaties, la côte comme les' autres.

Les chevaux communs, massifs, présentent au

contraire, des- contours plus arrondis, une côte

plus saillante et une largeur plus accentuée.

 

 

                                                                                                      largeur du cheval

 

 

Corps et membres.

 

                   Les rapports de l'ensemble sont. aussi envisagés au point de vue du développement relatif du corps et des membres. Ceux-ci sont souvent insuffisamment développés, c'est-à-dire grêles, faibles, pour le soutien du corps. La défectuosité intéresse surtout la partie du corps appelée le dessous; elle est grave en ce sens qu'elle expose les  rayons à des tares précoces et le cheval à des chutes dangereuses.

                   On doit conclure de ce qui précède, que les diverses parties de l'ensemble, hauteur, longueur, largeur, corps et membres, doivent être harmonieusement fondues dans un développement proportionnel, c'est-à-dire régulier.

- Dans le cas contraire, le cheval manque d'ensemble, il est décousu.

- Après avoir jeté ce premier coup d’œil sur le cheval, il y aura lieu d'étudier de près son modèle, sa trempe, son sang.

 

                   L'observation nous donne des indications relatives au premier de ces points: l'hippométrie vient appuyer ces indications. Les deux autres sont plus difficiles à apprécier: les origines qui nous donnent des renseignements sur les qualités de famille, dans la limite de nos connaissances de l'hérédité, peuvent seules  nous les faire soupçonner. Et, cependant, elles sont capitales: le cheval le mieux conformé sera inutilisable si rien ne l'anime et si ses tissus sont mal trempés.

                   Par contre, des défectuosités de modèle, des défauts d'aplomb, etc... sont corrigés par le sang et par la trempe des tissus.

 

L'étude complète et détaillée de l'ensemble doit porter sur les points suivants:

 

1°) FORMAT GÉNÉRAL

2°) SILHOUETTE

3°) PROPORTIONS

4°) GROS ET SANG

5°) COMPENSATIONS

6°) POINTS DE FORCE

7°) RENSEIGNEMENTS HIPPOMÉTRIQUES

 

Format général.

                  

                   Le format général du cheval ou architecture de sa charpente, est un des principaux facteurs de ses aptitudes. On distingue deux formats, d'après la différence d'aptitude des chevaux suivant leur conformation

 

a) LES CHEVAUX A INTENSITÉ DE CONTRACTION,

                  

Plus aptes à déployer de la force que de la vitesse, ayant la poitrine ronde, les formes trapues, les lignes écourtées, les muscles plus développés en épaisseur qu'en longueur, les angles articulaires plutôt fermés: c'est le type bréviligne. Ce type est celui du cheval fardier ou portant suivant les besoins.

 

 

 

 

 

b) LES CHEVAUX A ETENDUE DE CONTRACTION,

 

Plus aptes aux allures accélérées et allongées qu'à un grand déploiement de force. La poitrine est haute et profonde, ogivale, les lignes longues, les formes élancées et les angles articulaires des membres plutôt ouverts: c'est le type longiligne, en qui tout fait présumer la vélocité, de même que tout exprime l'élégance, la noblesse

 

 

 

On peut ajouter à ces deux types extrêmes un type intermédiaire à deux fins, qui réalise les meilleures conditions: c'est le format moyen, médioligne, pondéré dans toutes ses parties, bien équilibré, à thorax participant du cintre et de l'ogive, à balancier moyen: c'est le cheval d'armes du rang, et le cheval de chasse par excellence.

 

 

 

Il sera facile d'apprécier rapidement, en examinant un cheval, à quel format il se rattache, ce qui donnera une première indication pour en apprécier les aptitudes et la valeur.

 

 

De la silhouette.

 

                   La silhouette du cheval, autrement dit son profil, est déterminée par ses grandes lignes de conformation. Cette silhouette est d'ailleurs essentiellement liée au format. Chez les chevaux longilignes, le profil est allongé, les rayons supérieurs (encolure, ligne de dessus, épaule, croupe) sont longs et on dit des chevaux qu'ils ont

« de la silhouette», « de la branche» , «des lignes». Inversement, les chevaux brévilignes manquent de silhouette, de branche, de lignes.

 

Des proportions.

 

                   On entend par proportions) les rapports des différentes parties du corps du cheval entre elles et avec l'ensemble.

                   On dit d'un cheval qu'il est bien proportionné) bien fait) bien suivi) bien, établi) quand rien ne pêche dans son ensemble, cet ensemble pouvant d'ailleurs être harmonieux ou un peu heurté.

                   On dit au contraire, qu'il est disproportionné) décousu) fait de pièces et de morceaux) quand une ou plusieurs régions ne sont pas en harmonie. Cette harmonie constitue la beauté et aussi la qualité du cheval si l'examen des proportions est fait, non d'après une question de mode, mais en observant les lois de la locomotion. Beaucoup d'auteurs ont cru devoir fixer aux proportions des règles particulières, en prenant comme unité de mesure une partie du corps du cheval, la tête en général.

                   Il serait superflu de chercher à retenir des chiffres qui ne signifient rien et d'étudier les détails de chaque théorie, quelques aperçus seulement en seront donnés plus loin à titre d'indication.

                  Les proportions se fixent dans l'oeil au bout d'un temps plus ou moins long de pratique et en détaillant beaucoup les chevaux d'après les conseils d'un homme de cheval. Il est préférable d'opérer sur des chevaux qu'on a vu à l'oeuvre, parce que la conséquence de telle ou telle conformation se grave bien mieux dans la mémoire.

 

                  Les bases principales de cette gymnastique de l'oeil sont les suivantes:

 

a) ENTRE LA TETE ET L'ENCOLURE.

         Elles, doivent convenir l'une et l'autre. 'L'oeil est d'ailleurs immédiatement choqué dans le cas contraire.

 

b) ENTRE LES PRÉCÉDENTES ET LE CORPS.

         Ces parties, servant de balancier et de contrepoids au corps, doivent être d'autant plus grosses que le corps est lui-même plus volumineux et inversement.

 

c) ENTRE LE CORPS ET LES MEMBRES.

         Ceux-ci doivent être appropriés comme grosseur, au poids qu'ils ont à supporter (sinon coffre à avoine monté sur des allumettes, claquette, etc...).

 

d) ENTRE L'ARRIÈRE-MAINET L'AVANT-MAIN.

         Si ces deux parties ne se correspondent pas, l'une ruine l'autre. Si un cheval est brillant et fort dans son avant-main, il faut chercher le point faible derrière, et inversement.

Cet examen des proportions des différentes parties du corps entre elles doit être comme il a été dit plus haut, complété par un examen d'ensemble qui puisse indiquer d'un manière générale si le balancier, le corps et les membres sont bien proportionnés.

 

1") Lorsque le premier est long par rapport aux deux autres parties le cheval a de la branche: il en manque dans le cas contraire.

 

2") Suivant que le corps est plus ou moins fort, le cheval a un bon ou un mauvais corsage.

 

3") Le cheval dont les membres sont grêles par rapport à l'ensemble, pêche par son dessous.

Dans le cas contraire, il est bien appuyé, bien dans son dessous.

 

4") Si les rayons sont plus longs que larges, le cheval a des lignes:"Dans le cas contraire, il a de l'étoffe, du gros, mais s'il manque d'ampleur, on le dit étriqué, plaqué.

Lorsque le cheval, d'après cet examen, aura pu être jugé «bien proportionné », il sera généralement aussi «bien équilibré» et confortable.

Dans le cas contraire, il manquera d'équilibre naturel. Il sera équilibré sur les épaules ou sur les hanches, ce qui le rendra moins agréable d'une part et ce qui l'usera plus rapidement d'autre part.

L'équilibre naturel du cheval est la faculté qu'il possède, grâce à une bonne répartition du

poids entre l'avant-main et l'arrière-main, d'être, à toutes les allures, maître de ses forces, aisé dans, ses mouvements, souple et liant.

L'harmonie dans les proportions n'implique pas que tous les chevaux doivent être du même format, du même modèle, du même type: leur conformation doit différer suivant les services qu'ils sont appelés à rendre (type selle, type artillerie). Il y a néanmoins des proportions absolues que tous les chevaux doivent présenter, et des proportions relatives.

 

Proportions absolues.

 

                   Une poitrine ample, des membres bien développés, un rein large bien soudé, des pieds proportionnés à la taille et à la corpulence.

 

Proportions relatives.

 

                   Elles correspondent à des types différents et à des aptitudes particulières; elles sont définies dans les circulaires ministérielles ayant trait aux achats des chevaux par les remontes.

 

DES THÉORIES SUR LES PROPORTIONS:

 

Au point de vue théorique seulement, il peut être intéressant de connaître comment différents auteurs entendent les proportions:

 

- BOURGELAT (1712-1779), est le premier auteur qui donne une étude détaillée des proportions. Son unité de mesure est la tête, mesurée entre la nuque et l'extrémité de la lèvre supérieure. Il fixe d'une façon immuable chacune des dimensions du cheval. Ainsi, deux têtes et demie égalent la hauteur du garrot à terre et la longueur du corps de la pointe du bras à la pointe de la fesse et ainsi de suite.

         Basé sur un principe faux, ce genre de proportions ne peut donner des résultats exacts.

 

- HERBIN, prend l'épaule au lieu de la tête comme unité de mesure, ce qui l'amène à des

conclusions fausses, les dimensions de cette partie par rapport à l'ensemble étant encore plus variables que celles de la tête.

 

- LE COLONEL DUHOUSSET a eu le mérite de mensurer des chevaux de différents types au lieu de s'en tenir à un type unique, comme ses prédécesseurs. Les résultats qu'il indique sont, de ce fait, moins erronés.

Cependant, les canons hippiques ne s'occupaient que des rapports de dimensions des parties entre elles et avec l'ensemble, et non pas des rapports de direotion de ces mêmes parties.

 

- LE GÉNÉRAL MORRIS combla cette lacune en faisant paraître, en 1835, son «Essai sur:

L’extérieur du cheval ». Il y exposait la, théorie de la similitude des angles et du parallélisme des rayons: tous les rayons inclinés forment, d'après lui, des angles de 45° avec l'horizon et de 90° avec les autres rayons.

Cette égalité, constatée chez le cheval arabe, n'existe pas dans la majorité des cas. Elle est très approximative, les angles n'étant pas toujours semblables chez des chevaux bien harmonisés.

 

         Cette théorie fut rejetée par beaucoup d'hippologues, et en particulier par le CAPITAINE RAABE.

Elle a cependant eu le mérite d'attirer l'attention sur une idée nouvelle et de provoquer des recherches en ce sens, ses partisans, en étudiant l'ouverture des angles, des meilleurs chevaux de types différents, ont établi des données scientifiques sérieuses dans une étude qu'on a reprise depuis en la modifiant.

         Mais les chiffres et les instruments de précision ne peuvent être d'une grande utilité pratique pour l'homme de cheval. Il lui suffit toujours de s’inspirer des grands principes de la locomotion et des divers fonctionnements organiques pour porter un jugement.

         Les Arabes qui connaissent fort bien le cheval pour l'avoir étudié, non dans les livres, mais dans la nature donnent comme base à leur jugement quelques principes simples:

« Lorsqu’ un cheval a plus d’étendue du sommet du garrot au bout du nez que de cette partie à la pointe du tronçon de la queue le cheval est dans de bonnes proportions. il n’en est pas de même dans le cas contraire. »

En outre, ils considèrent comme une bénédiction tout cheval qui a la croupe aussi longue que le dos et le rein réunis.

« Le cheval de race disent-ils encore, est bien proportionné. Il a les oreilles courtes et mobiles, les os lourds et minces, les joues dépourvues  de chair  les naseaux larges comme la gueule du lion  les yeux beaux noirs et à fleur de tête, l'encolure longue) le poitrail avancé  car le cheval dont le poitrail est enfoncé et les épaules perpendiculaires doit être fui comme la peste. »

 

Le garrot saillant, les reins ramassés, les hanches fortes, les côtes de devant longues et celles de derrière courtes, le ventre évidé, la croupe, arrondie, les testicules serrés et bien sortis, les rayons supérieurs longs comme ceux de l'autruche et garnis de muscles comme ceux du chameau, les saphènes peu apparentes, la corne d'une seule couleur et noire, les crins fins et fournis, la chair dure et la queue très grosse à sa naissance, déliée à son extrémité.

 

Il doit avoir, en résumé:

 

Quatre choses larges:

- le front, le poitrail, la croupe, les membres

 

Quatre choses longues

- l'encolure, les rayons supérieurs, la croupe.

 

Quatre choses courtes:

- le rein, les paturons, les oreilles, la queue.

 

Toutes ces qualités dans un cheval, prouvent d'abord qu'il a de la race et aussi qu'il est à coup sûr un bon coursier, car sa conformation tient tout ensemble de celle du lévrier, de celle du pigeon et de celle du méhari.

 

Le gros et le sang.

 

                   Il existe entre ces deux éléments primordiaux une relation très importante à examiner.

Le cheval qui a beaucoup de sang et qui n'est pas solidement établi ne pourra rendre de longs services: «la lame usera le fourreau ». Inversement, le cheval fortement charpenté qui n'a qu'une faible dose d'énergie, a du gros, mais manque de sang, de fond et de trempe. Si les deux qualités sont réunies, on dit que le cheval « a du sang» et « du gros», « du sang sous la masse».

                   En raison de la facilité de l'acte nerveux, en raison aussi de la densité des muscles et de leur valeur contractile, le cheval de sang supporte la fatigue plus, que tout autre: toutes choses étant égales, il possède cette trempe particulière qui est le facteur de la résistance et du fond. Le sang, synonyme de puissance et d'énergie, est donc un facteur essentiel de la valeur du cheval; il faut en tenir un grand compte dans, l'appréciation, car il peut très bien compenser certaines défectuosité de conformation; son importance est si grande que l'on conserve dans toute leur pureté, les races particulièrement énergiques, dites «de pur sang », dont tous les descendants sont inscrits au STUD-BoOK.

 

A) LE SANG L'EMPORTE SUR LE GROS:

 

         L'excitabilité est de première importance comme complément du mécanisme, mais peut aller jusqu'à l'impressionnabilité, l'irritabilité, ce qui devient un inconvénient, le courage ne pouvant tenir lieu de force: pour un instant la manifestation de ce courage "est brillante », mais le cheval s'y épuise.

 

B) LE GROS PRÉDOMINE LE SANG:

         Le cheval manque d'excitabilité physiologique, la facture de la machine peut être bonne, sa substance d'excellente qualité, mais le stimulant fait défaut. S'il est doué d'un cachet de finesse, d'une apparence d'énergie et de vigueur, le cheval est un beau voleur. C'est le cheval-tableau des marchands. En général, il est plus ou moins commun; il a des formes lourdes, accuse un tempérament lymphatique: il est sans réaction, sans ardeur et d'un rendement tout à fait insuffisant.

 

 

                            EAABC Saumur 1980 environ


  Commentaires