Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 09/09/2017 07:46:31
Rubrique : Reportages, lu 522 fois. 6 commentaires
Partager

ARNAC POMPADOUR, interrogations d'après concours


 

 

 

 

ARNAC POMPADOUR

 

Dimanche 03 septembre 2017, 07h00

 

         Après avoir passé la journée du samedi à peaufiner les derniers détails de la préparation de notre concours avec les membres de Pompadour ATTELAGE et les bénévoles venus nous aider, j’arrive sur le terrain fermement décidée et convaincue que cette journée va bien se passer.

 

07h30

         Arrivée des bénévoles, qui ont été informés de leur mission à l’avance, il n’y a plus qu’à les répartir sur le terrain.

 

         Tout est prêt, premier concurrent prévu à 08h00.

Je suis prête également ; ma mission : présenter les attelages au micro et tenter d'animer cette journée de compétition !

 

08h00

         Les Jeunes chevaux 1ère année entrent en piste, suivis des Club Élite.

         Pas de public pour l’instant, je me contente d’annoncer les concurrents.

 

         La piste est tirante mais le passage régulier du tracteur nous sauve d’une catastrophe…

 

11h30

         Le public, habitué à venir se promener au haras, commence à arriver. Les jeunes chevaux 2ème année laissent la place aux amateurs 2 solo.

 

         De mon côté, j’essaie de distiller quelques informations utiles au micro à destination du public, mais le temps me manque. J’hésite à continuer pendant les reprises mais cette pratique n’étant pas habituelle, je m’abstiens même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque. Du coup un petit groupe de spectateurs se forme autour de moi afin de comprendre ce qu’ils voient. Je leur explique hors micro le principe d’une reprise de dressage, ce que les attelages doivent réaliser, ce qui est noté par les juges, tant au niveau de l’attitude des chevaux que de celle des meneurs, l’importance de la précision des tracés et de la réalisation des figures (d'où la présence de lettres autour du rectangle), etc.

         À aucun moment je ne me risque à émettre un quelconque jugement, je reste sur des commentaires d’ordre général qui je m’en aperçois, intéressent les quelques curieux regroupés autour de moi. Certains se prennent au jeu d’attendre le concurrent suivant pour voir si telle ou telle figure sera mieux réalisée, plus précise, et du coup ils restent au bord de la carrière. Intéressant…

 

         Malheureusement je ne partage cela qu’avec une poignée de spectateurs. Ceux qui ne m’ont pas approchée restent dans l’incompréhension et passent leur chemin, ce que je peux comprendre. Rien ne ressemble plus à une reprise de dressage qu’une autre reprise lorsque l’on n’en saisit pas les tenants et les aboutissants.

 

         Sur la carrière nous assistons à quelques dressages corrects.

 

         La matinée de dressage se termine à l’heure. Tout s’est bien passé mais je reste pour ma part sur une impression mitigée du fait de n’avoir pas pu expliquer aux spectateurs ce qu’ils regardaient. J’aurai aimé pouvoir en intéresser davantage, et pas seulement les quelques uns qui s’étaient réunis autour de moi pour avoir des explications hors micro.

 

         Plusieurs questions se posent : est-ce-que cela gênerait réellement les meneurs ? Y-a t’il un élément du règlement qui interdit de commenter les dressages (et j’ai bien dit « commenter » dans le sens d'expliquer, ce qui pour moi est totalement différent de « juger ») ? Cela gênerait-il d’ailleurs plus les meneurs ou bien les juges ? …

 

         Pourquoi pas, lors d’une prochaine édition, poser la question aux premiers concernés : les meneurs ? En leur expliquant que l’enjeu est de ramener du public autour de l’attelage, d’intéresser les spectateurs à ce qu’on leur présente et de faire vivre notre discipline autrement que par un groupuscule de passionnés, toujours les mêmes que j’adore et dont je fais partie, mais qui ne font vivre l’attelage qu’au travers de leurs propres yeux et qui n’aident en rien à accroître la popularité de notre beau sport.

 

14h30

         La maniabilité combinée promet de beaux passages : un parcours assez technique concocté par notre chef de piste, mais pas éprouvante pour les chevaux. Il y a de la place, les obstacles sont ouverts, seules les trajectoires obligeront les meneurs à rester concentrés et à soigner leurs courbes.

Le programme débute par une ouvreuse, opportunité pour moi d’expliquer le parcours aux spectateurs venus plus nombreux que le matin et installés dans la grande tribune.

 

         Cette opportunité est avortée... Il y aurait pourtant tellement de choses à expliquer : barèmes, points de pénalité, spécificités des voitures de marathon, tenue et équipements des meneurs et de leurs chevaux,...

 

         J’annonce donc simplement les concurrents et les résultats dans le court laps de temps entre chaque attelage.

 

         En fin d’épreuve, pour le passage des amateurs et sous l’impulsion du directeur du haras Olivier Legouis, présent avec nous dans la tribune du jury (et que je remercie infiniment pour cette initiative), je suis autorisée à faire participer le public en les invitant à applaudir et encourager les concurrents lorsqu’ils passent dans les 2 obstacles de marathon. L’initiative plaît, le public réagit bien lors du passage des 5 derniers concurrents, mais cela se termine trop vite.

 

17h15

         Remise des prix sous le soleil, plaques, flots et lots pour tous les participants.

 

 

         Globalement cette première édition du concours d’attelage au Haras national de Pompadour est une réussite.

         La grande piste de la maniabilité se révèle parfaitement adaptée, elle a tenu 20 parcours sans bouger, y compris dans les obstacles de marathon.

 

         Tout le monde à l’air satisfait de l’organisation, meneurs, officiels, hôtes.

 

         Cette journée me semble malgré tout en demi-teinte : une réussite du point de vue du milieu de l’attelage (site, organisation, accueil , gestion du déroulement de la journée) mais un trop faible impact sur le public. Nous avons la chance de disposer d’un site qui organise régulièrement des manifestations équestres et les habitants des alentours ont l’habitude de venir s’y promener.

Malgré tous ces éléments favorables (y compris la météo), le public ne s’est pas déplacé en masse, et ceux qui sont venus n’ont pas saisi tout ce qu’ils ont vu, voire se sont ennuyés.

 

         Alors quelle solution ? Comment faire venir les spectateurs sur nos concours d’attelage ? Car pour nous l’enjeu est là. C’est bien sûr important de se préoccuper des attelages et de faire venir et revenir les meneurs sur les terrains de concours, mais je pense que nous restons trop entre nous. Les habitudes trop bien ancrées nous font oublier que ce qui fait vivre un sport, au-delà de ses pratiquants, c’est le public et l’image qu’il a de notre discipline, image encore trop poussiéreuse de nos jours (pour beaucoup de novices l'attelage n'est pas un sport mais un simple loisir).

 

         Je n’ai pas de solution à l’heure actuelle, quelques idées, quelques pistes mais ce n'est que le début d'une longue réflexion que nous devrons mener tous ensemble, pour continuer à faire évoluer notre sport en le faisant découvrir au plus grand nombre.

 

 

Delphine CHARLANNE


  Commentaires
-Bien sûr ! par JeanClaudeGrognet (09/09/2017 08:24:58)
Bravo pour vos commentaires, c'est une bonne idée que de faire sur les concours un lieu de rassemblement du public sous une tente face à la carrière, avec un intervenant. Saumur fait cela pendant le marathon pour ses VIP.
Commenter pendant les reprises je ne suis pas "pour" , sauf en retransmission tv ou vidéo. Par contre je suis très partisan d'une musique de fond.
L'attelage n'est pas spectaculaire pour les profanes. Il est fini le temps de la découverte de l'attelage qui déplaçait du monde. L'Attelage de Tradition rassemble plus de spectateurs que l'attelage sportif. Dans ces concours les spectateurs ont le "plaisir de l'oeil". Il faut donner du plaisir et de l'émotion au public... mais ce n'est que mon avis !
-Commentaires et jugements par Toto (09/09/2017 10:57:57)
'telle ou telle figure sera mieux réalisée, plus précise': ce n'est pas seulement un commentaire, mais déjà un début de jugement.
-Oui mais... par JeanClaudeGrognet (09/09/2017 11:30:53)
Si les spectateurs de Delphine se sont pris au jeu du jugement c'est plutôt bien, non ?
-Précision par Thidel (09/09/2017 13:19:23)
L'initiative de comparer les reprises n'est pas venue de moi. Qu'on le veuille ou non, l'être humain passe son temps à juger ce qu'il voit, c'est dans sa nature ! Si vous estimez que le fait de regarder si une transition se fait à la lettre, ou avant ou après est un jugement, alors oui, le public jugeait un détail des reprises. Mais pour ma part, je préfère cela à l'indifférence. Le fait de leur donner quelques clés afin qu'ils puissent observer et analyser eux-même ce qu'ils voient lorsqu'ils regardent du dressage m'a permis, sans interférer avec les jugements officiels, de les intéresser aux reprises et du coup à l'attelage en général.
Pour résumer je préfère que les spectateurs profanes "jugent" les aspects qu'ils ont saisi d'une reprise de dressage, même si leur jugement est forcement erroné car incomplet, plutôt qu'ils jugent que ce que le spectacle que nous leur proposons est inintéressant car incompréhensible.
-:-) par JeanClaudeGrognet (09/09/2017 13:38:07)
100% d'accord .
-Génial ! par FRANCOISE (09/09/2017 21:21:31)
Je comprend maintenant pourquoi le public applaudissait quant nous passions devant les tribunes. C'était sympas et ne m'a aucunement gênée.
Pour les commentaires pendant les reprises, je suis favorable, le dressage pour un profane, c(est ennuyeux alors que si on lui explique ce qu'il faut regarder et ce que les juges attendent c'est tout de même plus intéressant. Expliquer les observables, ce n'est pas juger. Si le juge est concentré sur ce qu'il voit et le meneur sur sa reprise, il n'y a pas de problème. En général, on n'écoute pas les commentaires du speaker lorsqu'on est concentré.
Sinon, c'est un concours à pérenniser car le site est superbe et l'organisation était de qualité pour une première édition.
F dubos