Article proposé par JeanClaudeGrognet, paru le 03/07/2019 07:28:23
Rubrique : Interviews, lu 677 fois. Pas de commentaires
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Portrait: RAPHAEL BERRARD


 

                    Raphaël BERRARD dit "RAPHY"

               Aborder l'attelage et la compétition avec Raphaël, c'est faire une immersion dans la dynastie des Berrard. L'histoire est belle comme un conte de fées.

          La Dynastie

          En 1889, les deux frères Berrard, les arrières, arrières grands parents, l'un étant charron et l'autre forgeron, décident de s'associer et de fabriquer des voitures hippomobiles. Pour la petite histoire le nom de Berrard s'écrivait à l'époque avec un seul R. C'est par la faute d'une secrétaire de mairie que le patronyme a été ainsi modifié. On sait que les noms de famille ont souvent évolué au cours du temps… Mais à travers le temps, c'est toujours à Barbentane que la dynastie Berrard a construit des voitures hippomobiles.

Contrat de vente d'une Jardinière en 1918

          Raphaël me dit que depuis l'origine il est une maxime qui se transmet dans la famille : « à savoir que celui qui veut travailler, doit apporter sa pierre à l'édifice, il ne doit pas se nourrir à ce que les autres ont créé ». Ainsi lorsque mon arrière-grand-père est venu à l'atelier, il a rajouté son activité de maréchal-ferrant.

           En 1940 – 1945, c'était le début de la mécanisation de l'agriculture. La société a arrêté la fabrication des voitures hippomobiles pour se consacrer à la fabrication de matériels pour les tracteurs et la fabrication des remorques. Des remorques aux vans il n'y a qu'un pas qui a été franchi par mon grand-père. Il a été le premier à fabriquer les vans en série de manière industrielle. Il était aussi jockey sur les courses de haies pour le marquis de Barbentane. Il était petit et il était le seul qui montait à cheval dans le village.

Paul Berrard sur un PSA

           C'est mon père Jean-Luc qui dans les années 78 a commencé la construction des voitures hippomobiles modernes et métalliques avec freins à pied. C'était le début de l'attelage de compétition et de loisir ! A cette époque d'autres fabrications de voitures hippomobiles se sont créées, comme Atel, Pouvreau, Kuhnl et Van den Heuwel... » Il participait lui-même aux compétitions de l'époque. Il a été et Champion de France en 1980, 1981 et 1982

Jean-Luc Berrard aux Baux de Provence

          Il a été aussi le dernier de la famille à fabriquer des voitures hippomobiles. Aujourd'hui il s'amuse à faire du tri de bétail à la western !

          Les Ateliers Berrard ont disparu. L'atelier de soudure et le bureau sont devenus des commerces divers.

La publicité Berrard telle qu'on pouvait la voir dans des revues internationales comme Achenbach

 

          L'attelage et les premières compétitions

          Comme beaucoup de gamins, Raphaël et son frère sont photographiés sur le dos d'un cheval.

Sur un trotteur champion de France de Jean Luc Berrard

          1997, le jeune Raphaël fait ses premiers concours d'entraînement. Deux années plus tard il affronte les concours nationaux. C'est à Miribel Jonage qu'il fait ses débuts, on peut y retrouver dans les résultats des noms comme Julie Wasselin, Ory Degomme ou Étienne Avril...

Avec Bryland en concours d'entrainement en 1997

Raphaël fait également des sorties à l'étranger, ici à Clermont sur Berwin chez André Herman. Reconnaissez vous le groom derrière ???

Raphaël Berrard avec Jean Miche Olive 

          En 2002 il fait les Championnats du monde à Conty: « je crois que j'ai fait le meilleur dressage de ma vie! 56pts avec un cheval qui n'avait pas de gros moyens, mais j'ai perdu mon frère sur le marathon... »

Conty 2002 avec Brylant, un cheval polonais. La groom est l'actuelle compagne de Jean-Luc Berrard

          Equitation multiple

          Raphaël a aussi pratiqué le Horse ball. « En 2005 j'ai arrêté l'attelage de compétition, c'était la fin de mes études, l'attelage coûte cher et prend beaucoup de temps. J'ai fait deux années de horse ball près de  Barbentane, à Aramon où j'avais de très bons copains, il y avait  une  bonne équipe...

 

          ... le cheval était polonais, il faisait également que la compétition d'attelage en paire, ce cheval était un excellent cheval de défense. Habitué au timon et à la présence d'un cheval à ses côtés, il était très à l'aise pour opposer une résistance ou un contact à ses concurrents de horse ball. Le horse ball est un sport très intéressant. Il apporte beaucoup de choses comme sport d'équipe, et c'est aussi de la bonne équitation, le cheval doit être en équilibre, bien répondre aux jambes et à l'assiette, être réactif, bref un cheval de horse ball doit être bien dressé ».

          L'entrée à l'IFCE

          Raphaël oriente ses études vers le commercial, puis il travaille dans l'immobilier durant 10 années. Il  fait la connaissance de Renaud Vinck, agent immobilier à l'époque, lors d'une rencontre chez Michel Bitard. Plus tard Renaud  en poste au Haras du Pin l'invite à rejoindre les Haras Nationaux.

          « Je n'avais aucune formation d'enseignant, mais l'aventure me plaisait bien, sans savoir vraiment si j'avais quelques dispositions pour cela. J'ai travaillé 4 mois à l'Ecole du Haras du Pin, j'ai beaucoup apprécié. J'ai poursuivi une année en préparant mon BP et j'ai été intégré au personnel de l'IFCE. J'ai pu rapidement accéder à la compétition. »

LUCON 2017 en détente avec 1 cheval avec Margot Brechet

          Raphaël passe à 2 chevaux en 2015 avec Thalie de Charme et Ravi d'Etre Ici (SF), des chevaux nés au PIN

Zouzou = Thalie de Charme et Ravi d'Etre Ici (SF)

          « La photo a été prise à l'arrivée d'un marathon. J'aime beaucoup cette photo elle explique tout: on voit les veines qui sortent, ils sont généreux à l'effort. Les oreilles à l'arrière, ils sont à mon écoute en permanence. Les yeux sont sereins, ils ne sortent pas de la tête, l'œil est posé ».

          « Ces chevaux sont des chevaux de formation. Don Camillo et Lanzaro sont sur la liste « chevaux de sport de haut niveau », comme le cheval de Thibault Valette (CCE), Qing du Brio. Quand je parle de formation, je parle de formation de professionnels et pour le sport. Ils sont attribués  aux BP attelage, et CS (cochers), ils peuvent sauter, faire le travail à pied, ou les volées en attelage à quatre ».

          « Une petite réflexion que je soumets lorsque l'on me pose la question si le statut de mes chevaux poses problème pour la performance en compétition : si je pense que je suis capable de tout très bien faire c'est une erreur. Il faut aller chercher chez les autres ce qu'ils font que moi. Je fais 95 kg, ne vaut-il pas mieux qu'une élève qui en fait 50 ou 55 montent les chevaux en cours ? Ce qui reste immuable, c'est que c'est toujours moi qui doit avoir les chevaux en cours, sous mon œil. Les cavaliers futurs enseignants en formation à l'ENE, viennent ici au Pin pour y découvrir l'attelage et ils mènent Thalie et Ravie. Depuis deux ans, tous les élèves futurs enseignants qui passent par l'ENE à Saumur,  viennent en formation attelage au Pin. Je fais venir également  les selliers de l'IFCE et les cavaliers jeunes chevaux, faire de l'attelage pendant deux jours avec moi. Mon premier métier c'est formateur, mon second c'est formateur, mon troisième c'est formateur… La priorité de l'école c'est avant tout la formation. La compétition vient après, c'est un plus nécessaire mais non prioritaire. Il y a aussi beaucoup de collaboration entre le Pin ou le Haras d'Uzès par exemple. Nous établissons ensemble par exemple, le contenu des formations et nous faisons des échanges pour les examens. Nous faisons également des cours en commun en visioconférence. »

          Impossible d'évoquer la compétition sans parler de Sébastien Goyheneix !

photo Mélanie Guillamot

 

           « C'est sur demande de Renaud que l'Ecuyer en Chef de l'ENE a mis à disposition Sébastien pour le travail des chevaux de Renaud, Don Camillo et Lanzaro. A chaque fois qu'il venait au Pin, j'ai profité de ses conseils. Aujourd'hui la collaboration continue. Sébastien est quelqu'un de très exigeant, et qui a vraiment le sens du cheval.   

          Je lui ai demandé de me groomer sur le marathon. Il a été très emballé de ma proposition, il ne faut pas oublier que c'est avant tout un cavalier de Complet. Sur la maniabilité nous sommes donc en rouge et noir, tout le symbole du regroupement ENE-Haras Nationaux et du travail que nous faisons. Sébastien m'apporte beaucoup évidemment sur le plan technique et plus particulièrement pour tout ce qui concerne la locomotion du cheval. La bonne locomotion du cheval et la préoccupation première: la locomotion la plus juste dans le confort du cheval. On est dans la préservation de l'Equitation de Tradition Française. Quand je te dis ça, je repense à mon père, qui n'a jamais voulu que mon frère et moi fassions de l'attelage avant de savoir correctement monter à cheval. C'était un précursseur, mais encore aujourd'hui il y a beaucoup de meneurs qui ne sont pas cavaliers. Sébastien a la faculté de bénéficier d'une forte adaptation naturelle à l'individu. Je préfère ce qualificatif "d'adaptation à l'individu" au terme de préparation mentale. Il est très impliqué dans le para-dressage. Sans doute que cette discipline a développé chez lui ses facultés d'adaptation. Il individualise ses consignes aux élèves ».

 

 

 

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photos Mélanie Guillamot

            « Je suis heureux d'avoir gagné à Saumur cette année. Je suis ravi d'avoir fait jeu égal au marathon avec Frédéric Bousquet, je n'ai pas fait une mauvaise maniabilité non plus, elle a été très contrôlée. Vers la fin j'avais quelques secondes de retard, mais j'ai préféré assurer jusqu'à la  ligne d'arrivée. J'ai du retard sur le dressage, j'ai un attelage régulier mais je n'ai pas des chevaux qui trottent comme il le faut aujourd'hui. Je dois chercher les points ailleurs, dans la précision par exemple. Mes chevaux ont une belle qualité de galop. Je récupère cette qualité dans le marathon.

Victoire en catégorie 2 chevaux au CAI de Saumur 2019 - photo Mélanie Guillamot

 

          Le sapin de l'Elysée

          Parmi les activités annexes à la formation et à la compétition, le personnel de l'IFCE est parfois sollicité pour des manifestations particulières. L'escorte du sapin de l'Élysée en est une.

          « On nous a appelé un vendredi soir pour que huit jours plus tard, un attelage escorte le sapin de Noël de l'Élysée, du pied du Grand Palais, au pont Alexandre III dans la cour de l'Élysée. Ces actions là, je les mène toujours avec des élèves. Pendant une semaine le cours a été orienté vers l'attelage de Tradition et l'entretien des vieilles voitures, réglages, boîte à huile etc...   il y avait un attelage à l'Evêque d'un omnibus tiré par trois cob normands menés par Louis Basty. Moi je menais un break wagonnette avec mes deux chevaux de concours. Ce jour-là était aussi l'enterrement de Johnny Hallyday. Nous avons dû traverser les Champs-Élysées à huit heures du matin, le camion était garé rue du faubourg Saint-Honoré. On a attendu que l'enterrement soit fini pour partir. L'eau pour les chevaux on est allé la chercher dans les troquets du coin. C'est la force de notre établissement, d'être capable en une semaine de répondre à une demande et de la réussir ».

 

Raphaël Berrard et Marielle Zanchi ingénieure formation au Haras d'Uzès - Louis Basty, Jérôme Singer et Laurent Richard. photos Christine Leiritz -

          La Nuit du Cheval en 2016

          « Une autre manifestation qui a aussi été très enrichissante, a été un spectacle commun entre le Cadre Noir, et Mario Luraschi. Dans la scène de cette photo, les Dalton font l'enlèvement de la malle contenant l'or de la banque, mais dans la malle se trouve Jolly Jumper monté par Lucky Luke (le fils de Mario Luraschi). Le spectacle c'est génial. J'ai fait aussi une saison de spectacle à Saumur, j'avais une barque à tirer... Les spectacles vraiment j'adore ! c'est plus difficile que la compétition, c'est plus de stress et plus d'adrénaline. Après un allongement raté on passe à autre chose, alors que sur la scène avec des milliers de spectateurs qui vous regardent, il ne faut pas se louper, la sanction du public est très perceptible ! »

 

 

          Le mot de la fin de Renaud Vinck

          « Je connais Raphaël depuis le championnat du monde 2002. C'est aujourd'hui un ami, nous avons travaillé ensemble une dizaine d'années au sein de l'IFCE. C'est un collaborateur que j'ai beaucoup apprécié. Il a un excellent rapport avec les chevaux, il a naturellement un côté « relâché » qui leur convient bien. Raphaël peut-être un excellent compétiteur dès lors où il peut recevoir une pression extérieure. Son entourage doit veiller à la contrepartie de ses qualités, développer de la rigueur en toutes choses ».

          © JCG

 

 

 

         

 


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